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Noir duo

Ô sombres hérauts de l’amer

samedi 1er mars 2008, par Maestro

Sylvie MILLER (1957-) & Philippe WARD (1958-)

France, 2007

BLACK COAT PRESS, coll. "Rivière Blanche", 296 pages

Sylvie Miller et Philippe Ward font partie des figures incontournables du petit monde de la SF, la première pour ses précieuses anthologies qui nous ouvrent à l’univers de la SF hispanophone, le second pour son travail remarquable dans le cadre de la collection Rivière blanche, dont nous avons eu à plusieurs reprises l’occasion de parler sur Wagoo. Mais il ne faudrait pas oublier que tous deux sont également des auteurs dignes de ce nom. C’est ce que prouve ce recueil, composé de nouvelles écrites chacun de leur côté et à quatre mains, généralement déjà publiées, précédé d’une « folle préface », puisque pas moins de 113 personnes (!) se sont fendues d’un texte préalable : on y trouve des auteurs plus ou moins connus, illustrant à merveille le foisonnant carnet d’adresses des deux complices, et des développements d’inégale longueur, d’inégale qualité, témoignant tous d’une profonde valeur humaine.

Concernant les nouvelles du noir duo proprement dites, elles déclinent le plus souvent un fantastique ancré dans le quotidien, ce qui le rend d’autant plus troublant. « Le mur » part ainsi d’une métaphore de la dépression d’une femme divorcée pour se clore sur le thème de l’emprisonnement intérieur, tandis que « L’ombre » est une évocation sensible de la maladie sous une forme onirique, tout en retenue. « Un choix réfléchi » est assez proche, dans la mesure où derrière le personnage qui se fait porter par le flot de la vie, on découvre son mauvais génie, celui qui ne s’enferrera sans doute pas dans la même incertitude. « After midnight », à partir du prétexte du changement de millénaire, peut s’interpréter comme une démonstration du pouvoir de l’écriture. Sur « Les chemins de l’esprit » est une belle évocation du traumatisme de la prison, derrière un hommage discret aux Pyrénées, Pyrénées que l’on retrouve dans « Le fils de l’eau », prose d’espoir face au déclin des campagnes et aux atteintes sur la nature. « Le survivant », en revanche, est un hommage au blues en même temps qu’une variante du pacte de Faust, tout comme le trop court « Les vignes du Seigneur » et sa fascination pour le Sauternes. On appréciera également les traitements du thème de la mercantilisation, celle du temps pour Ward (« Prorata temporis »), celle plus généralisée de nos sociétés contemporaines pour Miller (l’excellent « Tout s’achète et tout se vend »). La SF la plus engagée n’est pas loin, comme le prouve également la « Lettre d’un futur amer », bref avertissement du basculement tellement possible de nos sociétés vers le totalitarisme. Du côté de Philippe Ward, nulle surprise, au vu de son pseudonyme, de constater une influence des créations lovecraftiennes, malheureusement seulement sensible dans le sympathique « Martha ».

La science-fiction n’est pas oubliée, avec « Un futur inimitable », amusant pastiche de Independence Day, truffé de références SF, qui est en même temps une ode (aux rentes !) aux fromages traditionnels ! S’inscrivant davantage dans des préoccupations dystopiques caractéristiques de la SF française, « Ventres d’airain » imagine une société eugéniste dans laquelle les fœtus se développent au sein de matrices artificielles, des rebuts génétiquement impurs étant chargés de reproduire les conditions d’un réel accouchement (même si on peut douter de la nécessité pour le nourrisson de ressentir les douleurs parturientes de sa mère porteuse afin d’avoir un développement équilibré). Seule déception relative, « Mau », une évocation des chats sacrés d’Egypte qui manque de mordant. On lui préfèrera l’amusant « Pas de pitié pour les pachas », une enquête policière dans une Egypte fantasmée des années 1930, très irrévérencieuse pour les divinités ! Une escapade sans temps morts dans les circonvolutions d’un imaginaire doublement plaisant.

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