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Crisis On Infinite Earths

dimanche 26 janvier 2020, par von Bek

DESSINS : George PEREZ (1954-)

SCENARIO : Marv WOLFMAN (1946-)

Etats-Unis, 1985-1986, 12 numéros

Urban Comics, 2016, 544 p.

Impossible de se pencher un tant soit peu sur les comics DC sans tomber sur une référence à Crisis on Infinite Earths, a fortiori en cette fin d’année 2019 qui voit ce gigantesque cross-over DC envahir le champ télévisuel. Pour ceux qui ne connaîtraient pas revenons dessus.

Crisis on Infinite Earths, Crisis pour les intimes, est une mini-série concernant pendant 12 numéros parus d’avril 1985 à mars 1986, tous, je dis bien tous, les personnages de l’éditeur DC. Tous n’y sont pas mis en scène, certains n’apparaissent que très fugacement et d’autres occupent une place centrale. En fait, DC a au cours de son histoire développé ou racheté tout un tas de personnages appartenant à différents univers, univers que l’imagination débridée des auteurs a pu mettre en contact plus ou moins ponctuellement, de la résulte l’existence de plusieurs versions

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Couverture de l’édition Panini de 2007.

de Superman, de Batman ou des parodies tels que Capitain Marvel, personnage initialement créé par une maison d’édition concurrente devenue la propriété de DC ultérieurement et récemment adapté pour le cinéma. Ajoutons à cela que le voyage dans le temps rajoute une couche, faisant de DC un univers à n dimensions, c’est-à-dire un multivers. Lequel est, au milieu des années 80, d’une complexité difficile à appréhender pour les nouveaux lecteurs. Le dessinateur George Pérez et le scénariste Marv Wolfman, alors deux artistes majeurs de DC renommés pour leur collaboration sur Teens Titans, chapeautés par les rédacteurs-en-chef, ont donc entrepris de faire le ménage.

Crisis imagine donc la destruction progressive des différents univers et le premier numéro de la série, paru en avril 1985, donne l’exemple en faisant disparaître Terre-3, planète sur laquelle les rôles héros/méchants étaient inversés, comme avalée dans un nuage blanc, métaphore évidente de la page blanche sur laquelle rien n’existe encore. D’autres univers disparaissent, mais un personnage, le Monitor, tente de s’opposer à cette catastrophe rampante qu’il sait provoquée par son ennemi. Pour ce faire, il déploie des tours et, pour les protéger, fait rassembler par son héraut, Harbinger, les héros de différents univers avec pour mission de mener la lutte en différents points du multivers. Différentes péripéties survenant, le Monitor a fait organiser le repli de cinq univers restants dans des limbes qu’il a créées, mais ces univers sont alors menacés de fusionner, processus qu’il faut enrayer avant d’éliminer définitivement l’ennemi.

Tout cela prend du temps (12 numéros), mais surtout ne se fait pas sans perte et fracas. D’une part, à l’issue de la série, il ne reste qu’un seul univers, celui de Terre-1, dans lequel certains héros des autres univers se retrouvent (c’est notamment le cas de Blue Bettle pour donner un seul exemple), parfois à différentes époques, mais c’était déjà le cas auparavant (comme pour la Légion des super-héros du XXXe siècle). D’autre part, il y a des morts, beaucoup de morts, énormément de morts, ceux des univers détruits bien sûr, et un tel génocide a moralement dérangé plus d’un lecteur, mais aussi ceux des héros morts au combat, parmi lesquels ont retiendra surtout Supergirl, dans sa version Linda Danvers, et Barry Allen, alias Flash.

L’événement est énorme et l’édition collector de la série traduit bien toute son importance. Tellement énorme que l’éditeur Arédit/Artima, détenteur de droits DC, en publiait les épisodes en France dès 1986, avec un décalage avec l’édition américaine donc nettement moins importants que ce qui se faisait alors. Il s’agit d’un retour à la case départ qui donne ensuite l’occasion à DC de faire repartir aussi de nouvelle version de ses personnages. Sans remettre à zéro la numérotation de ses titres, comme elle le fera à une autre occasion, DC donne l’occasion à différents auteurs de revenir à genèse de héros. Il y a bien sûr un nouveau Flash, qui apparaît d’ailleurs dès Crisis, mais aussi une nouvelle genèse de Superman qui sera l’oeuvre de John Byrne dans sa mini-série Man of Steel, une nouvelle Wonder Woman, confiée à George Perez après une interruption du titre pendant un an... Par son ambition, Crisis est un monument, et, de mon point de vue, un monument réussi qui plus est. Je ne l’ai pourtant lu que tardivement, dans sa première édition intégrale française de 2007 par les éditions Panini.

Cependant l’événement est tellement énorme qu’il peut décourager le nouveau [1], mais en dépit de ses imbrications avec les titres DC, la mini-série reste parfaitement lisible en elle-même, et il a été fait beaucoup plus difficile à suivre depuis avec des cross-overs tels que Civil War chez Marvel. Remarquons d’ailleurs qu’un an auparavant la compagnie Marvel avait orchestré son cross-over, Secret Wars, ce qui ne peut empêcher de faire penser que Crisis peut se voir comme une réponse DC face à un concurrent qui depuis la toute fin des années 70 a le vent en poupe, mais une réponse qui n’a pas été conçue dans l’urgence et des rumeurs et avertissement, voire même advertisement, circulaient depuis 1981.

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Wonder Girl by George Pérez
De(ux) bons arguments pour lire les comics de George Pérez !

Non sans raisons on peut aujourd’hui reprocher à l’œuvre de Pérez et Wolfman d’avoir vieillie. Outre que nombre de personnages mis en scène renvoient aux comics des âges d’or et d’argent, les dessins de Perez ne sont peut-être plus au goût du jour des nouvelles générations de lecteurs ou du moins ne sont pas encore revenus à leurs goûts. Ils correspondent parfaitement aux miens, mais cela n’engage que moi. Non, les reproches que je formulerais à l’encontre de Crisis on Infinite Earth ne ressortent pas de la forme graphique.Peut-être reprocherais-je plutôt le maigre rôle imparti à Batman, en dépit des efforts déployés pour lui donner un rôle dans une lutte titanesque où il n’était guère à sa place. Héros essentiel de la galaxie DC, le justicier est un simple témoin qui n’apporte même pas sa sagacité à l’intrigue. Il est vrai que Batman a bénéficié d’un autre coup de pouce en la personne de Frank Miller et de son Batman : The Dark Knight Returns.

Surtout, je dirais que le principe même du reboot inhérent à la série est un principe dangereux. Remarquons d’abord que la raison affichée à l’origine - se débarrasser de la trop grande complexité des univers DC - n’est pas vraiment respectée puisque le douzième épisode implique la création d’un univers parallèle où trouvent refuge le Superman de Terre-2, son épouse et le Superboy de Terre-Prime. Ensuite le procédé invite à la surenchère scénaristique, bien qu’il soit difficile d’imaginer une surenchère à Crisis qui ne verse pas dans la théologie. Enfin il a quelque chose de facile pour se sortir de situations compliquées après des dérives des scénarios, soit pour essayer de relancer les ventes [2], avec le risque de créer un monstre qui va peser sur les séries après-coup. Et DC va devenir coutumier du fait. Heure zéro : crise temporelle fait en 1994 pour les lignes temporelles ce que Crisis a fait pour les mondes parallèles, c’est-à-dire les unifier. En 2005, la mini-série Infinite Crisis permet de se débarrasser de quelques séries peu rentables et montre aussi que l’univers DC vit toujours dans l’ombre de Crisis. Enfin Flahspoint en 2011 reboote à nouveau l’univers DC (c’est l’origine des titres Renaissance (Rebirth)). N’y a-t-il pas abus ? Comme souvent ne boudons cependant pas le plaisir qu’il y a à lire Crisis on Infinite Earth !


[1C’est notamment le cas de celui-ci.

[2Ce qui a été le cas semble-t-il. Selon Reed Tucker, les ventes ont progressé de 22% après Crisis et la mini-série Man of Steel de John Byrne a été le comics le plus vendu de l’année 1986. Cf Reed Tucker, Slugfest : Inside the Epic, 50-Year Battle Between Marvel and DC, p.142-143.

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