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Quatre milliards de soldats

émois ! émois ! émois !

samedi 26 juillet 2008, par Maestro

Anthologie

France, 1977

Kesselring, coll. "Ici et maintenant - collectif", n°3, 320 p.

Après Ciel lourd béton froid et Planète socialiste, sus à l’armée ! Dans ce nouveau recueil coordonné par Bernard Blanc, la chose militaire est dans la ligne de mire, et fidèle à son orientation délibérément militante, l’auteur recommande, en complément de ce volume, la lecture de l’anthologie réalisée par Alain Brossat, Antimilitarisme et révolution… Il est en tout cas assez significatif de lire sous sa plume la crainte (réelle ou fantasmée ?) d’un coup d’Etat militaire en France même, dans l’hypothèse d’une victoire de la gauche aux élections, un décalque sans doute un peu trop artificiel de la situation sud américaine.

Les nouvelles rassemblées sont malheureusement relativement inégales, faisant assurément de ce volume un des moins bons de la série ; on notera en tout cas que la plupart d’entre elles prennent place dans une société policière, surveillée, gavée de publicité et de propagande. Ainsi, « Mauvaise passe », pourtant signée Pierre Pelot, est excessivement caricaturale, perdant ainsi toute force : l’idée de jeu concurrentiel entre armées à base de sondages, pertes réelles à l’appui, bascule dans le grand guignol avec l’exécution de sa femme enceinte par un soldat du rang… Il en est de même pour Muriel Favarel, qui décline sans génie la violence gratuite des militaires (viols et assassinats), la domination masculine et l’exploitation outrancière de la classe ouvrière (avec en plus l’absence de séparation entre narrateurs différents, ce qui ne facilite pas la lecture), ou Dominique Douay et Bernard Blanc, bien moins poétiques que dans Planète socialiste.

René Durand, lui, dans «  Comment ça se passe quand la guerre menace », voit la conflagration atomique évitée par un simple changement de génération au sein des dirigeants ; a contrario, les réactions de la population sont mieux senties. « Carte blanche », de George Barlow, bien qu’amusant, affiche un dénouement plutôt réactionnaire, par la victoire d’une société orale et clanique anti technologique. Benoît-Jeannin, dans « Commando antimilitariste », ne marque pas les esprits, avec son histoire de réintégration puis de suppression des anciennes armées combattantes. Quant à Jean Bonnefoy, servi par un titre pourtant prometteur (« Et je veux le regard vide d’un poisson mort ! »), sa transposition du défoulement militaire sous forme de jeu, à défaut d’être brillante, possède une certaine part de pertinence.

On appréciera davantage Pierre Ferran et « Du côté de chez Sam », mais si sa critique de la rivalité entre grandes puissances par guerre civile africaine interposée sonne juste, elle apparaît n’entretenir que des liens ténus avec la SF… Dans un registre similaire, Michel Jeury, avec « La dernière guerre des BAT », ironise à plaisir sur la vacuité dont peuvent faire preuve les organisateurs d’un coup d’Etat militaire, faisant passer leur petite cuisine avant la dégradation internationale. Si « La muraille Occident », de Jean-Pierre Andrevon, suite logique de « Un combattant modèle », dénonce plus efficacement la guerre utilisée par l’Europe pour contrôler sa jeunesse, mobilisée contre d’hypothétiques « bougnoules », elle contient une charge de sexualité crade et de violence brute vite écoeurante. En fait, c’est sans doute Jean-Pierre Hubert qui se fend du meilleur récit : « Les recrues » parvient à accrocher le lecteur, et les individus mis en scène, prêts à lâcher la bride à leurs pulsions les plus immondes pour parvenir à se faire recruter par une puissante armée galactique, gagnent finalement beaucoup en humanité, par leur pied de nez conclusif à l’armée. « A.A.A. passe à l’acte », de Pierre Marquer, est par contre bien trop ancré dans son époque, avec l’ombre omniprésente des luttes du Larzac.

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