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L’HEURE DE LA SORTIE

dimanche 17 novembre 2019, par Maestro

Sébastien MARNIER

France, 2019

Avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Gringe, Pascal Greggory, Grégory Montel.

Adapté du premier roman de Christophe Dufossé – que j’avoue n’avoir jamais lu – le film de Sébastien Marnier séduit par son ambiance très particulière. Dans un établissement privé visant l’excellence, un professeur se défenestre sous les yeux de ses élèves. Un début choc, pour le moins, qui permet à son remplaçant, interprété par Laurent Lafitte, de se confronter à la classe de 3e 1. Douze élèves seulement, mais diagnostiqués comme précoces, et obtenant des résultats parmi les meilleurs de l’académie. Très vite, la communication entre le nouvel enseignant et ces élèves « surdoués » se révèle complexe, tendue également. Six en particulier, que le professeur croise à l’occasion d’une promenade dans la campagne, et qu’il décide de suivre secrètement.

Il les découvre dans une carrière, semblant s’exercer au contrôle de la douleur et de la souffrance, en une sorte de Fight Club soft. Une expérience de l’extrême qui se reproduira sous diverses formes. Surtout, il met la main sur une caisse enfouie par les jeunes, et qui contient une série de DVD. En subtilisant un, il le visionne chez lui, et découvre des images de pollution, de catastrophes industrielles, de violence en élevage, alternant avec des enregistrements des adolescents eux-mêmes (dont l’une qui, en conclusion d’un exposé, cite Sécheresse de J.G. Ballard). D’emblée, les images d’un soleil accompagné de sons énigmatiques, la proximité d’une centrale nucléaire, la progressive intrusion d’animaux et d’insectes dans le réel périurbain, et surtout l’impression que ce groupe d’adolescents forme une entité collective magnétique et hostile aux autres installent un climat d’étrangeté fort intéressant, qui n’est pas sans évoquer un film comme Le Village des damnés.

La bande son choisie renforce ce ressenti, la musique électro de Zombie Zombie (qui réarrange avec brio quelques chansons de Patti Smith) s’inscrivant dans le courant de la rétro-wave, imprégné des films d’horreur des années 1980. Le sujet de thèse de Pierre Hoffman, Kafka, maître es métamorphose, redouble cette impression. Le spectateur en vient à s’interroger : ces élèves s’acharnent-ils réellement sur leur enseignant, au point de lui passer des appels anonymes et de subtiliser son ordinateur portable ? Auraient-ils en germe des pouvoirs latents ? Incarneraient-ils une nouvelle humanité en devenir, adaptée au basculement climatique ? Le week-end venant clore l’année scolaire et récompenser les élèves les plus méritants constitue alors le climax de l’intrigue, à ceci près qu’il ne débouche que sur un dénouement bien commun : l’échec d’une tentative de suicide collectif.

La dernière scène du métrage achève de ramener ce film plein de promesses fantastique et d’impensés sur un réalisme bien terne, avec la réconciliation entre adulte et enfants supportant le poids des capitulations générationnelles successives. Ne reste dès lors que le constat d’une jeunesse contrainte de grandir dans un climat férocement anxiogène, et confrontée à rien moins qu’une possible extinction de l’humanité. Effrayant, sans doute, mais – hélas ! – sans surprise pour tous ceux qui exercent leur responsabilité de parents et de pédagogues en ce début de XXIe siècle.

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