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LE VOYAGEUR DES SIECLES

une julevernerie moderne

samedi 29 novembre 2008, par von Bek

Jean DREVILLE (1906-1997)

France, 1971

Hervé Jolly, Robert Vattier

En 1982, la baronne des Bordes, née d’Audigné, s’inquiète de la disparition de son frère Philippe, un passionné de science, et mande des enquêteurs privés pour élucider celle-ci. Rencontrant des éléments inexplicables et pour le moins paradoxaux, l’enquête est abandonnée. Cent ans plus tôt, en 1885, M. Brunot, secrétaire de M. François d’Audigné, grand-oncle de Philippe, fait le récit à trois savants des évènements survenus en décembre 1884 pendant cinq jours durant lesquels son maître, un autre passionné de science, a disparu. A son retour, ce dernier écrit son aventure et meurt épuisé. Dans ce récit, François d’Audigné, auteur d’une théorie sur la structure du temps et en quête d’un moyen pour faire apparaître dans les miroirs les images rémanentes du passé, raconte la visite de son petit-neveu, Philippe, qui a réussi à mettre en pratique les idées de son aïeul. Ensembles, ils sont partis au XVIIIe siècle, suivant l’obsession de Philippe pour une jeune femme de cette époque qu’il a vue dans un miroir familial. Après quelques péripéties parisiennes et une rencontre avec La Fayette, les deux parents partent pour le domaine familial à la rencontre de leurs ancêtres communs mais aussi d’une déconvenue qui conduit Philippe à vouloir faire l’économie de la Révolution. Las, si le plan fonctionne et que le cours de l’histoire en est altérée, d’autres malheurs accablent la France de 1808 qu’ils sont venus visiter pour vérifier la bonne réussite de leur plan.

Diffusé par l’ORTF pendant l’été 1971, Le voyageur des siècles illustre bien la créativité de la télévision française de son époque inversement proportionnelle aux moyens financiers, les coûts n’étant cependant pas alors les mêmes qu’aujourd’hui. Le feuilleton, long d’environ 5h mais diffusé en 4 épisodes, illustre aussi le goût de la télévision française pour le mystère fantastique et la SF, terrains plus facilement politiquement neutres ou, du moins, de manière moins ostensible. On se rappellera Belphégor (1965). Le feuilleton ne s’embarrasse pas de morale, - laissons passer si le héros tombe amoureux de son énième arrière-grand-mère -, mais délivre un message méfiant sur la science.

Officiellement réalisé par Jean Dréville, il semble que l’acteur Noël-Noël, auteur de l’histoire et qui en fait ultérieurement une adaptation pour la Bibliothèque verte, ait aussi mis la main à la pâte. Il est patent que l’histoire du Voyageur a un découpage narratif très feuilletonnesque, un tiers du premier épisode étant occupé par un prologue destiné à planter le mystère (et à préparer son issue tragique) sous la forme d’une enquête sur la disparition de Philippe d’Audigné, et le reste du récit étant la narration du secrétaire de François d’Audigné.

Le film fourmille d’ailleurs d’éléments inventifs quant au progrès technique du futur, justifiant en partie le qualificatif du générique présentant le film comme une "julesvernerie moderne". Se déroulant en 1982 - à peine dix ans après la réalisation donc -, il montre une société utilisant des véhicules individuels à transport magnétique pour lequel l’équipe technique a visiblement utilisé une nacelle de manège en forme de navette spatiale. La baronne, sœur de Philippe d’Audigné, regarde une télé en 3D à projection dans l’espace de la pièce. Les photo sont aussi en 3D et les voyages vers Vénus, Saturne sont faits ou en cours. Selon leur habitude, les enquêteurs utilisent un radiesthésiste aux révélations extrêmement précises. Par ailleurs, au cours de sa visite en 1884, le voyageur fait référence à des évènements futuristes tels qu’une guerre sur la Lune ou l’extraordinaire développement urbain de Saint-Flour (il sort une photo). L’auteur ou l’équipe du film s’en sont donc donné à cœur joie dans ce domaine.

Histoire de paradoxe temporel, visiblement inspirée par Le voyageur imprudent de Barjavel, les auteurs ont fait le choix, difficile à défendre vis-à-vis de la logique, de ne pas faire se rencontrer les voyageurs dans leurs aller-et-retours de 1788 et 1808. Ils commettent néanmoins ce qui est vraiment une erreur de logique, un écueil fréquent dans les récits de voyage dans le temps : partant d’une grotte restée pendant des siècles hermétiquement close et qu’il a fait ouvrir et équipée de porte dérobée magnétique, Philippe arrive dans cette même grotte en 1884 comme en 1789 qui s’avère équipée du même système magnétique...

Qui plus est, le téléfilm ne fait pas toujours cas de la science historique. D’un côté, il fourmille de détails sur les habitudes du siècle des Lumières dont il conviendrait de vérifier la véracité, de l’autre il place au pinacle de l’art de Clio, les historiens que sont Castelot et Decaux.

La vision du Voyageur des siècles a aujourd’hui le charme du désuet, pas tant à cause des inventions futuristes que du jeu des acteurs et de leurs textes, l’apparition d’acteurs aujourd’hui rarement entrevus sur les écrans mais toujours entendus comme Roger Carel en un Bonaparte uchronique devenu bonnetier, ou Laurence Badie.

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