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Le Haut-Lieu et autres espaces inhabitables

samedi 9 mai 2009, par Maestro

Serge LEHMAN (1964-)

France, 2008

Denoël, collection "Lunes d’encre", 272 pages.

Ce recueil de nouvelles de Serge Lehman, auteur, critique et anthologiste reconnu du genre, est aussi une façon de fermer la porte sur une période de creux de l’inspiration vécue par Lehman autour de l’année 2003. Toutes les nouvelles gravitent d’ailleurs autour d’endroits dont on doute de l’existence, des pièges dont on peine à trouver la sortie…

La nouvelle éponyme, qui date de 1993, et fut d’abord publiée sous forme de roman au Fleuve noir, est sans aucun doute un des meilleurs textes : savamment rythmée, elle met en scène la visite d’un vieil appartement bourgeois de Paris par un riche artiste étatsunien et son agent(e) immobilière, qui se transforme rapidement en cauchemar, en huis de plus en plus clos… Fantastique architectural, ce texte prenant et habité est surtout une réflexion autour de la création artistique et des traumatismes de l’enfance. « Le gouffre aux chimères », écrit juste après le trou noir créatif évoqué plus haut, possède évidemment une forte part autobiographique, avec ces images saisissantes de réalité quotidienne transmuée en livres de toutes sortes, une concrétisation de cette évidence pour tout lecteur boulimique que notre bibliothèque personnelle résume notre vie. Texte tout aussi fort, « Origami » (de 2006), qui, sous la forme d’un stage énigmatique suivi par un journaliste télévisuel, nous confronte aux découvertes d’un physicien de génie sur la vraie nature de l’univers : la vision humano centrée que Lehman imagine est à la fois frappante et dérangeante, en particulier avec les sous entendus téléologiques qui sont avancés. Autre réflexion sur l’univers, « La régulation de Richard Mars » (écrite en 1999) offre à l’individu sus cité, banal journaliste scientifique, un univers clos, l’hypersphère, dans lequel il joue le rôle d’une divinité (limitée) en supervisant l’évolution d’une civilisation de rats, en une lutte contre l’entropie ; néanmoins, cette nouvelle manque d’une certaine pulsion vitale pour s’imposer comme vraiment marquante. Trop court, « La chasse aux ombres molles » (1991) se révèle néanmoins sympathique, cette profession de traceur, des détectives psychologiques chargés de cerner le pouls du moral de l’ensemble du personnel d’une entreprise, étant un moyen pour l’auteur de dénoncer la volonté presque totalitaire de contrôle de la part du patronat, non sans mettre le doigt sur la vanité productiviste du système capitaliste.

On demeure par contre plus dubitatif devant « Superscience » (2006 également), dont certains aspects se révèlent trop abscons. Pourtant, ce monde parallèle, qui récupère des éclats d’œuvres d’art issus de notre réalité, bouleversé par l’hitlérisme, et édifie sur cette base des métropoles entières, ne manque pas de charme ; mais les concrétisations de Lehman sont ici finalement peut-être un brin trop intellectuelles, rationnelles, là où un Brussolo semble exprimer une verve plus instinctive…

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