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Plumes de chats

samedi 6 juin 2009, par Eléa, Maestro

Charlotte BOUSQUET (1973-)

France, 2009

Black Coat Press, collection "Rivière blanche", 196 p.

ISBN : 978-1-934543-84-9

Après des anthologies aussi recommandables que Dimension Philip K. Dick, Dimension Espagne ou Dimension latino, Rivière blanche propose cette fois un recueil de nouvelles animalier. Inutile de préciser la nature de l’animal ici honoré, mais il convient cependant de noter que la totalité des bénéfices engendrés par la vente de l’ouvrage sont reversés à l’association Sauve, qui se consacre à l’accueil des chats abandonnés, malades ou menacés d’euthanasie.

Introduit par un préfacier de prestige, en la personne de Johan Heliot (qui en profite pour nous expliciter l’origine de son pseudonyme), Plumes de chats comprend douze textes, douze déclarations d’amour à la gente féline, non sans quelques élans poétiques. Ainsi, la nouvelle « Before I forget » de Thomas Hervet s’ouvre sur un hommage émouvant au chat aimé et perdu, tantôt bagarreur, lacérant les mollets de son maître, tantôt câlin. Si l’écriture poétique du souvenir est déjà une manière de faire revivre le compagnon perdu, la nouvelle elle-même se donne pour vocation de ressusciter l’être cher, sous les traits du roi des chats.

Le recueil, fidèle à la tradition, ne manque pas d’associer le chat au sacré, au surnaturel et à la magie. Magie de la vengeance face aux humains (« Before I Forget », « Katzenstreu » de Jess Kaan ), magie capable de donner une autre vie à l’animal aimé (« Before I forget » de Thomas Hervet, « Katzenstreu » de Jess Kaan, « Des Millions de Vie » d’Eric Gilard et sa référence à l’Egypte éternelle, « Trépassez devant, je vous suie » d’Estelle Valls de Gomis), ou magie de créatures susceptibles de damer le pion à d’autres êtres féériques (« Plus petit que soi » de Philippe Halvick).

Moins fantastique et seule nouvelle relevant plutôt de la littérature jeunesse, « La sorcière de la montagne noire », due à Lucie Chenu, n’en est pas moins un récit simplement et profondément humain. Au début de l’intrigue l’héroïne Mado n’a que cinq ans. Son histoire sera celle d’un apprentissage de la sagesse et un bel exemple de rédemption.

Certains textes sortent toutefois du lot : la suite des enquêtes du détective Lasser dans « N’est pacha qui veut », toujours œuvre du noir duo Sylvie Miller et Philippe Ward, l’occasion de brocarder un certain hyper président ; « Merci pour les croquettes » de Menolly, seule touche véritablement science-fictive, à travers une très amusante confrontation entre amoureuse des chats et extra-terrestre ; la touchante nouvelle de Sophie Dabat, « Passeur de vie », une exploration des pouvoirs particuliers des chats face à la mort ; l’hommage de Cyril Carau à Klarkash-Ton Smith dans « Ultane et son chevalier », habile pastiche mâtiné d’humour ; la nouvelle à chute d’Emmanuelle Maïa, « L’adoption », pas nécessairement originale mais diablement efficace ; le texte de Sandy Julien, « Lino », assez glaçant dans son univers minier souterrain.

Quelques textes, empreints par moments de douleur et de tristesse ne peuvent que faire écho à des angoisses ou à un sombre vécu du lecteur. Par exemple, « Des Millions de vie » d’Eric Gillard évoque la question des dernières heures de son compagnon et le choix pénible qui se pose entre attitude égoïste et fin des souffrances inutiles… En revanche, d’autres nouvelles s’avèrent franchement humoristiques, malicieuses et parodiques. Il en est ainsi de « Plus petit que soi » de Philippe Halvick, qui réactualise le motif de la maison hantée : les nouveaux propriétaires d’une maison acquise pour une bouchée de pain (comme c’est étonnant !) vont devoir faire face à des attaques mystérieuses de plus en plus violentes. De même, « Katzenstreu » de Jess Kaan se révèle une sympathique réécriture du mythe de Sisyphe. Tel Sisyphe – coupable d’avoir trahi Zeus et condamné à pousser sans cesse une roche jusqu’en haut d’une montagne, avant que celle-ci ne retombe dans l’Hadès – le narrateur, personnage, coupable d’une lâche traîtrise, est voué à une expiation éternelle des plus insolites.

Un ensemble qui ne peut que toucher les amoureux des chats, et peut-être séduire les autres…

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