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EXCALIBUR

samedi 3 octobre 2009, par Maestro

Une Epée...

forgée par un Dieu

ferment de l’Avenir

force vive d’un Roi

John BOORMAN (1933-)

Etats-Unis & Grande-Bretagne, 1981

Nigel Terry, Helen Mirren, Nicholas Clay, Cherie Lunghi, Paul Geoffrey, Nicol Williamson

Déclarons-le d’emblée, Excalibur est à ce jour LE film sur la légende arthurienne qu’il faut voir. Loin de la naïveté des Chevaliers de la table ronde made in Hollywood ou de la kitscherie d’un Lancelot, le métrage de John Boorman parvient à transmettre un esprit pleinement épique, passionné et passionnel, doté d’une dimension proprement shakespearienne.

Pour le scénario, Boorman a choisi, en bon britannique, de s’appuyer sur le roman de Thomas Malory, Le Morte d’Arthur, écrit au XVème siècle. Sans constituer une adaptation complète du livre -il manque des épisodes comme la guerre entre Arthur et les Romains ou les aventure de Tristan-, il en extrait les grandes lignes autour de la figure d’Arthur : sa conception, son élection royale suite à l’extraction de l’épée Excalibur de la pierre dans laquelle elle était enchâssée, les batailles qu’il dût mener pour imposer sa légitimité aux seigneurs d’Angleterre, son mariage avec Guenièvre, la fondation de la table ronde, la quête du Graal et la fin des temps aventureux.

Toutefois, Galaad n’est pas ici celui qui est assez pur pour découvrir la sainte coupe, son rôle étant assumé par Perceval, comme chez Chrétien de Troyes. Le film peut également être lu comme narrant l’histoire d’Excalibur, bien sûr, mais aussi de Merlin et de son double maléfique Morgane, le premier étant sans aucun doute le personnage le plus charismatique du film, grâce en particulier à l’interprétation remarquable de Nicol Williamson : tantôt malicieux, fidèle à l’image de folie qui colle au personnage ; tantôt empli de sagesse, délivrant des dialogues ciselés. A contrario, la personnalité d’un Uther est davantage tracée à la serpe, tandis que l’enfant Mordred a quelque chose d’agaçant. Signalons au passage que ce métrage marque les débuts des carrières de Gabriel Byrne et Liam Neeson.

Certaines scènes acquièrent pleinement ce caractère mythique que tout film sur ce sujet cherche théoriquement à atteindre. La mise en parallèle de l’enfantement d’Arthur et de la mort du duc Gorlois ; l’extraction d’Excalibur de la pierre et le moment où Arthur demande à Urien de l’adouber chevalier ; la quête du Graal, véritable Passion de la Bretagne arthurienne ; et les scènes d’émergence, puis de retour d’Excalibur au lac, constituent de merveilleux résumés de l’histoire. On peut même parler de révolution complète avec le cas de ces dernières, dans la mesure où la première apparition de l’épée se fait au petit matin, par la droite de l’écran, tandis que son retour s’effectue à gauche, sur fond de soleil couchant.

Ayant fait le choix d’un parti pris plutôt réaliste, Boorman restitue toute la violence des combats médiévaux, prenant pleinement en considération le poids des armes et des armures (ici celles du Moyen Âge tardif), sensible jusque dans les effets sonores. On y trouve également une vision romantique de la religion, entre une magie païenne en recul, fataliste face à son sort, et un monothéisme chrétien conquérant. Les deux se rejoignent néanmoins dans la nécessité du lien charnel -matérialisé par Excalibur- entre le roi et le royaume, l’humain et la nature, incarnée par l’énigmatique Dragon. On peut même y déceler l’influence du classique de Kantorowicz, Les deux corps du roi. Le traitement des couleurs est tout particulièrement réussi. Le vert des forêts a une véritable profondeur (tout comme dans La forêt d’émeraude, d’ailleurs), et le brillant argenté des armures des chevaliers d’Arthur pendant les périodes de l’âge d’or a quelque chose de transcendant. Quant à la bande son, supervisée par Trevor Jones, son utilisation de Wagner et des Carmina Burana de Carl Orff assure sans difficulté le soutien épique de rigueur, quand bien même leur répétition tend quelque peu à la facilité.

Un film puissant qui transmet à merveille l’éternité du mythe.

Messages

  • Bonsoir, Excalibur est le premier film que j’ai vu deux fois au cinéma (à l’époque). C’est une réussite absolue. Quand je pense qu’il n’avait reçu que le prix de la meilleure contribution artistique au festival de Cannes en 1981 : un scandale. Les comédiens sont géniaux, Helen Mirren en tête. Une référence. Bonne soirée.

    Voir en ligne : Chef d’oeuvre

  • Excalibur a injustement été privé des égards qui auraient du lui revenir. Mais qu’importe, la mythologie arthurienne est transcendée par une mise en scène sans faille, des décors flamboyants et la puissance de la musique de Wagner - notamment dès les premières notes du crépuscule des dieux au début du film, une pure merveille -.
    Un bémol, voire un point de désaccord avec l’auteur de la critique ( mais comment lui en vouloir ?) : les combats ne sont pas si réalistes qu’ils le voudraient, mais les clichés ont la vie dure quant au poids des armes médiévales et à leur utilisation.
    Je crois que ce qui fait aussi la force de ce film, c’est la fusion entre le monde réel et le monde imaginaire. le surnaturel et le naturel se mêlent harmonieusement et assurent la cohérence du monde : la nature se meurt en même temps que le roi, et l’épée plantée entre lancelot et guenièvre les sépare à jamais. le symbole et le mythe sont lois, ils ont des conséquences tangibles sur l’univers du film. un chef d’œuvre dont le souffle épique ne cessera surement jamais de m’emporter .

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