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Les enfants de svetambre

samedi 6 mars 2010, par Maestro

Lucie CHENU (1960-)

France, 2010

Black Coat Press, coll. "Rivière blanche", 306 p.

ISBN : 978-1-935558-33-0

Lucie Chenu est une actrice du milieu SF et fantastique qui n’est pas encore connue autant qu’elle le mériterait. Coordinatrice de plusieurs anthologies aux éditions Glyphes, elle est également auteure, et ce recueil illustré par Caza le démontre à travers vingt-six nouvelles.

Hymnes à la nature, certains textes prennent joliment la défense des animaux ailés (« Les aigles de Valmy » et son dénouement poético-fantastique), voire se révèlent plus ambigus (« Vent d’Autan » et son combat entre air et mère). Lucie Chenu se plait à mettre à profit le patrimoine folklorique et fantastique, soit pour condamner la violence (« Trois sabres » et son cadre d’un Japon fantastique), soit dans une optique écologique, matérialisant les forces de la nature sous les traits d’une déesse mère (« La Cime et le Gouffre ») ou d’une antique créature (« La source »). Les contes mettant en scène les animaux ont aussi sa préférence : chats (rappelons que Lucie Chenu a participé à l’anthologie Plumes de chats), avec « Le village-aux-chats » ; chevaux dans « Au-delà de la porte ! » ; loups dans « Fille-mère ». Enfants, également, ainsi du sympathique « La malédiction du gardien », variation d’Alice au pays des merveilles, du touchant « Chœur de dragons » (sujet de la couverture) ou « Le théâtre de Barbe Bleue », à ne pas mettre entre les mains des trop jeunes ! « Les trois souhaits de Clara », tout aussi cruel, en constitue le pendant adulte (en plus de croiser sa nouvelle « (R)êve » dans Chasseurs de fantasmes), tandis que « Le Havre de l’îlot sans nom » est une déclinaison très plaisante du mythe de la sirène. Dans ce registre mythique, le texte le plus marquant est sans doute « Ulates », coécrit avec Julien Fouret : un beau récit centré sur la recherche de ses origines par un jeune homme, qu’il pense trouver au cœur d’un village perdu, et au sein duquel il découvrira l’étrange malédiction qui frappe tous ses habitants mâles…

La défense de la femme est justement un autre fil rouge de ce recueil, face aux violences ou à l’intolérance masculines. « Haine, rupture et commencement » est ainsi une variation réussie à trois mains autour du thème d’Adam et Eve, dans laquelle Lilith incarne le tabou chronique lié au sang menstruel. « Un si long trajet », choisit la SF pour aborder le sujet des femmes battues, avec une chute inspirée du Frankenstein de Mary Shelley, tandis que « Fille-mère » illustre diverses situations de mépris misogyne. « Carnaval », qui n’est pas sans évoquer Le carnaval de fer de Brussolo, est aussi bref que lyrique. Fruit d’une coécriture avec Pierre Gévart, « Grande prêtresse » est une habile critique de la télévision sur fond d’univers post apocalyptique. Autre thème science-fictif, celui du « Clonage », avec l’histoire très humaine d’une scientifique découvrant l’épanouissement de la maternité ; dommage que la chute ne soit par trop redondante avec celle d’un épisode de la série V (première saison). « Noces de diamant », pour sa part, explore le thème de la menace extra-terrestre d’une façon poétique et inattendue. « Le sang du temps », enfin, est une uchronie fantastique, ainsi que Kim Newman avait pu le faire : on y côtoie le photographe Nadar, le président de la République Félix Faure et une Sissi méconnaissable. La nouvelle est malheureusement trop courte, car il y aurait là matière à tout un roman.

Par contre, « Retour à Gaïm’Hya » se révèle plus hermétique, du fait d’une fin trop brutale et surtout en raison de son univers, celui du cycle de Ténébreuse de Marion Zimmer Bradley, que tous les lecteurs ne maîtrisent sans doute pas. Quelques textes sont également relativement anecdotiques, ainsi de « Ecoutez la légende… », « Le garçon qui attirait l’attention au bar de l’astroport » (hommage à Alain Le Bussy qui relève davantage de la sphère privée) ou de « Traitements de textes », un peu simpliste dans son principe de logiciel implanté dans le cerveau et pouvant amener au repentir d’un dictateur… Un recueil de qualité, en dépit de ces quelques textes plus dispensables, et qui autorise à rapprocher Lucie Chenu en son meilleur de son aînée, Joëlle Wintrebert.

Messages

  • C’est vrai que par rapport à la scène de V, c’est limite plagiat !

    A ma décharge : je ne m’en suis aperçue que quelques années après avoir écrit cette nouvelle, à l’occasion d’une rediffusion de la série. J’avais en effet dû voir l’épisode et la scène en question, mais je l’avais oubliée. Enfin, ça avait dû macérer un moment dans ma tête, et rajouté à quelques expériences de ma vie personnelle (que je tais ici pour ne pas faire de spoiler ;)), ça a donné ça.

    Merci pour cette critique ! Brussolo, Kim Newman et Joëlle Wintrebert, vraiment ? Mes chevilles vont enfler :-D

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