Accueil > TGBSF > S- > Un Soupçon de néant

Un Soupçon de néant

dimanche 3 juillet 2016, par Maestro

Philippe CURVAL (1929-)

France, 1977

Un Soupçon de néant est un roman un brin foutraque, qui est à la fois cristallisation supplémentaire des thèmes chers à Curval et clin d’œil appuyé à la science-fiction anglo-saxonne. Son principal protagoniste, Carlos Rodriguez, connaît en effet une véritable démultiplication, se reproduisant lui-même avant de s’éliminer, rencontrant son moi au crépuscule de sa vie, et finissant par disparaître devant son véritable créateur. Il est surtout balloté dans une odyssée picaresque au cours de laquelle il s’efforce de reprendre le contrôle sur son destin.

L’action se déroule dans un univers futur, le Système Social Solaire (SSS), une Terre peuplée de 100 000 personnes seulement, et dont les différentes administrations semblent opérer indépendamment les unes des autres. Carlos Rodriguez est un détective, chargé de veiller au respect de l’ordre, qui cherche à comprendre les étranges manipulations du réel, à commencer par la mort – résurrection de son assistante sous une autre identité… Véritable concrétion du rêve, le SSS est en réalité issu de l’imagination d’un individu, à la fois de sa raison plus ou moins bien contrôlé, forgeant une utopie en chantier (« C’est-à-dire un monde ennuyeux, atrocement ennuyeux, couvert de fleurs et de ruisseaux, d’océans languissants et d’animaux paisibles. », pp. 221-222, « (…) ma part d’idéal un peu naïf. », p.222), et d’un inconscient nourri de ses lectures, de ses pulsions les plus diverses, règne de la « dysarchie » (« (…) elle offre à tous le dérèglement sans frein des passions dans le cadre d’une absence totale de règles. », p.218). Deux opposés entre lesquels il s’agit de naviguer sans écueils. On reconnaît au fil de la lecture des emprunts à Jack Finney (L’Invasion des profanateurs, traitée ici sur un mode cocasse), Van Vogt (Le Monde du A), Frank Herbert (Dune avec un mini ver de sable intelligent), Isaac Asimov (les lois de la robotique) ou Clifford D. Simak (Demain les chiens, le personnage du ver intelligent s’appelant Clifford et celui de l’androïde Jenkins).

Visions surréalistes, libération de l’inconscient («  Il fallait violenter le réel avec ses rêves si l’on voulait que le monde devienne habitable ! », p. 233), dérision anticléricale (un des chapitres s’intitule « Où l’on s’aperçoit que la MEC ne peut pas répondre à toutes les questions », et Dieu n’est que « désignation d’une interface obsolète », p. 164), souci de libération de l’individu (« (…) je m’aperçois que le terme de liberté n’est qu’une illusion. Ici comme ailleurs, on considère le citoyen comme un simple élément qui doit accomplir les actes auxquels la société le destine. », p. 83) en même temps que responsabilité indirecte dans le fonctionnement du carcan social (« Tu étais complice, Carlos. Aucun individu ne saurait se désolidariser de la société où il vit. », p. 179), sans oublier le questionnement sur la réalité, si fragile, tous les thèmes qui hantent Philippe Curval sont là, pour un roman loin d’être aussi secondaire que l’on pourrait le croire.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?