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Dimension Russie

samedi 22 mai 2010, par Maestro

Viktoriya et Patrice LAJOYE (anthologistes et traducteurs)

Russie, 1992 à 2006

Black Coat Press, coll. "Rivière blanche", 288 pages, 2010.

ISBN : 978-1-935558-23-1

Après Dimension URSS, voici donc la suite de cette découverte du riche imaginaire russophone à laquelle nous convie le couple passionné des Lajoye. La méthode de composition de cette nouvelle anthologie mérite d’ailleurs d’être décrite : les coordinateurs ont sélectionné les auteurs actuels qui leur plaisaient le plus, et leur ont ensuite demandé d’envoyer les textes qui leur semblaient les meilleurs, de un à cinq, leur choix s’effectuant ensuite dans cet ensemble. Tous les auteurs retenus sont utilement présentés en fin d’ouvrage.

Il en résulte un tableau plutôt disparate, reflet d’un certain mélange des genres. Le fantastique est l’un des plus prégnants. « Relève-toi, Lazar », de Henry Lion Oldie (pseudonyme de deux auteurs) et son histoire de magie autour de la résurrection finalement décevante d’un amour défunt, ou « Le Papillon et le Basilic », de Iouli Bourkine, plus positif, semblent renvoyer l’image d’un passé, celui de l’URSS, dont on peine à sortir… Il en est de même pour le très réussi « Viens me voir dans ma solitude » à nouveau signé Henry Lion Oldie, qui croise la mythologie gréco-romaine et celle du « socialisme réellement existant » : aussi ramassé que percutant. Dans un ordre d’idée très proche, « Basket-Ball » de Marina et Sergueï Diatchenko, propose une vision de l’enfer et du purgatoire très personnelle, finalement diaboliquement réaliste. « Les ailes », des mêmes auteurs, est a priori plus classique, mais son évocation d’une vie en grand ensemble par trop déshumanisée, éclairée par la figure fragile d’un enfant handicapé, sonne terriblement juste, à condition de lui préférer la seconde des fins proposées. Plus poignant, peut-être, « La fête » de Andreï Salomatov illustre de manière encore plus troublante cette solitude que la chute de l’URSS n’a somme toute fait que renforcer ; cette image d’un célibataire qui ne trouve un peu de réconfort que dans des créatures oniriques tragiquement matérielles restera longtemps dans votre mémoire.

Parmi les textes ayant marqué le plus notre lecture, nous devons enfin absolument citer « Le rayon vert » de Pavel Amnouel. Son récit, situé dans l’Angleterre de l’entre-deux-guerres, est en effet une touchante histoire d’amour, qui est en même temps un hommage à la SF britannique (de Wells à Stapledon, ce dernier étant même un des personnages de la nouvelle – regrettons seulement que les liens avec ses écrits ne soient pas plus développés) et une réflexion sur la réalité proche d’une hard science digeste. Deux nouvelles, au contraire, nous ont semblé nettement inférieures aux autres. « Le Jeune Communiste de Mordovie, Sous-Marin Jaune », de Andreï Lazartchouk et Mikhaïl Ouspenski, est ainsi présenté comme un uchronie, mais ce récit est tellement délirant qu’il en est difficile à suivre et à assimiler. Quant à « La sirène », de Sergueï Pali, seule incursion dans le domaine de l’aventure spatiale, son idée amusante d’une sirène d’un nouveau genre et sa fin cocasse sont alourdies par un texte bien trop long et bavard.

Un volume qui en appelle incontestablement d’autres pour approfondir notre connaissance de la littérature de genres russophone.

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