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INCEPTION

samedi 31 juillet 2010, par von Bek

Christopher NOLAN (1971-)

Etats-Unis, 2010

Leonardo DiCaprio, Ellen Page, Marion Cotillard, Joseph Gordon-Levitt, Tom Hardy, Cillian Murphy, Ken Watanabe, Dileep Rao, Tom Berenger, Michael Caine

Si l’extraction est l’acte par lequel des informations sont extraites du subconscient d’une personne en plaçant cette dernière dans un rêve artificiellement créé par un architecte et en l’amenant à révéler les données désirées, l’inception (ne cherchez pas c’est de l’anglais) consiste à implanter une idée dans le subconscient de la personne. L’opération est beaucoup plus délicate.

Mais Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) n’a pas vraiment le choix. Son vif désir d’être lavé de la mort de son épouse Mall (Marion Cotillard) afin de pouvoir rentrer aux Etats-Unis et revoir ses enfants et l’échec de sa tentative d’extraction sur Saito (Ken Watanabe), le poussent à accepter l’offre de travail de ce dernier : implanter dans l’esprit de l’héritier de son concurrent l’idée de démembrer son empire économique. Cobb réunit alors autour de lui une équipe qui ourdit un plan emboîtant trois niveaux de rêves bâtis par la jeune Ariane (Ellen Page). Les problèmes commencent avec les non-dits de Cobb dont le subconscient est hanté par son passé et sa femme, susceptibles de débarquer de manière impromptue dans n’importe quel rêve auquel il participe parfois sous des formes très ferroviaires. Ils se poursuivent avec les mesures de protection dont s’est entourée la cible (Cillian Murphy).

Pour autant, et en dépit de la phrase d’accroche "Votre esprit abrite la scène du crime", le suspens n’est que secondaire dans Inception. Mieux, je dirais que l’action, les effets spéciaux des rêves comme Paris qui se replie ou les bâtiments qui s’effondrent, ne sont que des artifices destinés à attirer et impressionner le public qui en définitive ne servent absolument pas à l’histoire. Même l’opération d’inception et sa victime, Fischer Jr (Cilian Murphy), sont relégués à l’arrière-plan.

Ce qui est au coeur d’Inception, c’est l’immortalité impossible du sentiment amoureux et l’irréalité qu’il procure, et en élargissant un peu, resurgit le thème de la finitude de la vie. D’une part, Cobb éprouve un remord littéralement envahissant qui se traduit par l’irruption de sa famille au milieu des rêves des autres, pour avoir été l’artisan de la mort de sa femme ; d’autre part celle-ci ne peut se résoudre a accepter une réalité qui ne manquera pas de connaître une échéance et se laisse convaincre que le monde où elle vit est un rêve duquel il lui faut sortir.

En conséquence, Christopher Nolan ne s’est pas embarrassé à fournir une explication technologique sur la capacité à créer un monde du rêve et à y plonger plusieurs personnes. Le but des premiers rêves dans lesquels Cobb cherche à piéger Saito est autant de faire comprendre au spectateur les principes de fonctionnement employés dans le film que de satisfaire son appétit pour des situations à l’issue surprenante, des complots ou autre, car ensuite le spectateur ne se pose plus la question de savoir si les personnages évoluent dans un niveau de rêve ou non : le scénario est on ne peut plus clair, bien qu’il puisse être argué que le doute subsiste sur la réalité de l’ensemble. Si Nolan entretient à loisir ce doute chez son public, il le fait sans lourdeur mais avec la subtilité d’une ou deux phrases prononcées par Mall ou des totems portés par chaque protagoniste, jusqu’à l’image finale qui laisse le spectateur libre de choisir mais ne le libère aucunement du doute.

La traduction imaginative de ce questionnement est la mise en abyme des rêves ou plutôt des réalités virtuelles car les rêves d’Inception ressortent davantage de ces dernières que de l’onirisme. L’idée que le monde ressenti ou vécu soit en fait un monde imaginé ou généré informatiquement n’est pas nouvelle dans la SF et le fantastique. Il n’est qu’à considérer Simulacron 3 de Daniel Galouye, récemment réédité en poche, et déjà adapté à la télévision (Le monde sur le fil de Fassbinder) et au cinéma (Passé virtuel de Rusnak), ou même en jeu de rôle le peu connu et déjà ancien Rêve de dragon de Denis Gerfaud.

Inception n’a donc pas la complexité paranoïaque d’un Prestige ou d’un Memento. Ici pas de ruse narrative en dépit des apparences. Quand cela est compris, il y a quand même une certaine longueur qui s’installe en dépit du talent des acteurs et du maître d’oeuvre.

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