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Histoires d’eau

samedi 25 septembre 2010, par Maestro

Philippe WARD (1958-) et Jean-Marc LOFFICIER (1954-), dir

France, 2010

Black Coat Press, coll. "Rivière blanche", 234 p.

ISBN : 978-1-935558-55-2

Cette nouvelle anthologie de Rivière blanche résulte d’un concours de nouvelles organisé par la mairie de Chalabre (dans le département de l’Aude, région Languedoc-Roussillon), autour du thème de l’eau. Suite à la catastrophe écologique qui a frappé le golfe du Mexique il y a quelques mois, en raison de l’explosion survenue sur une plateforme pétrolière de BP, il a été décidé de reverser tous les bénéfices de la vente du livre à l’association National Wildlife Refuge Association, investie justement dans le sauvetage de la faune touchée par la marée noire. Les coordinateurs du recueil ont également ajouté un texte chacun : Jean-Marc Lofficier une réécriture de sa nouvelle de Pacifica « Le prince des étoiles », et Philippe Ward « Le fils de l’eau », extrait de Noir duo.

Certains des jeunes auteurs reprennent le thème de la sirène, soit dans un traitement un peu trop classique -le bébé trouvé sur une plage qui finit par découvrir sa nature profonde (« Marine » de Sophie Barrois)-, soit dans une veine plus amère, avec une malédiction que l’on aurait appréciée de voir développée (« L’ensorceleuse » de Florie Bonnel ou « Miroitement » de Christian Perrot, à la terrible chute). Plus clairement fantasy, « La perle d’eau » de Francine Gougeon contient quelques jolies visions, en dépit d’un récit un peu trop linéaire. La fascination pour l’élément aqueux, en l’occurrence une rivière, est mise en scène par Joëlle Brethes dans « Mon père, la mer, la rivière et moi », attachante nouvelle à chute, ou dans « Eau », texte de SF dans lequel Arnauld Pontier imagine une véritable terraformation à l’envers.

« Le galet », de David Criscuolo, avec son personnage de vieillard marqué par un traumatisme familial, est particulièrement sensible, son dénouement science-fictif se révélant plutôt surprenant. Autre texte majeur de ce recueil, « Un jour à la mer / Instantanés » signé Annick Demouzon, tant sa rencontre entre cette petite fille et ce grand-père sur fond de catastrophe transpire d’humanité. Il convient également de mettre à part l’original « Le secret de l’homme oiseau », de Robert Moschini, attachant récit permettant d’expliciter les fameuses glyphes de Nazca sans recourir à l’arsenal de l’histoire mystérieuse…

Deux textes, par contre, souffrent d’une relative incohérence, qui gâche un intérêt pourtant bien réel : « Mon père, le ciel ; ma mère, la terre » (Cindy Cornet) et son évocation d’une orpheline dont la vraie vie est ailleurs présente ainsi une contradiction dans son développement (le frère, d’abord hostile, finit par montrer à sa sœur comment ramener l’eau, alors qu’il aurait pu le faire lors de l’assaut) ; quant à « L’or bleue » (Christophe Derouault), touchant récit sur un avenir où l’eau est devenue un privilège, il n’explique pas comment les non citoyens parviennent à survivre en n’ayant aucun accès à l’eau…

Privilégiant également des perspectives d’avenir sombres, Anne Goudour dans « Retour à l’eau » imagine l’exil d’une partie de l’humanité sous les fonds marins, mais son texte ouvre sur de telles perspectives qu’il apparaît comme une simple mise en bouche. Patrick Hiérard dans « Chère eau » imagine lui aussi une véritable dystopie, pas toujours claire quant à sa chute, et où le contrôle exercé par l’intermédiaire de puces implantés dans notre cerveau prime sur la thématique de l’eau. De même, « Les montagnes tambours » de Gabriel Vidal marque davantage par son ambiance générale que par sa finalité profonde.

« Le sanctuaire » de Hilda Dussoubz et « La facétie du Nommo » de Bruno Duval peuvent également être regroupés, de par une thématique voisine -la force des anciennes croyances de l’Amérique latine- et un impact limité ; la première nouvelle, en particulier, souffre d’une hostilité caricaturale vis-à-vis du Venezuela de Chavez. Enfin, « La femme poisson » d’Even (également illustratrice de l’anthologie) est le seul texte réaliste, et sans qu’il soit désagréable, il laisse quelque peu sur sa faim. Le bilan est en tout cas majoritairement positif, permettant à des auteurs débutants ou peu connus de tenter leur chance.

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