Accueil > TGBSF > R- > Le régiment perdu (2e partie)

Le régiment perdu (2e partie)

Le 35e régiment toujours au clair de deux lunes

samedi 2 avril 2011, par von Bek

William R. FORSTCHEN (1950-)

Etats-Unis, 1997-1999

L’édition est comme le combat, elle cessa faute de combattants, enfin plutôt de succès donc de lecteurs. Tant pis pour ceux qui avaient vivement apprécié la première tétralogie du Régiment perdu, il a fallu se rabattre sur les originaux, ce qui ne s’annonçait pas simple car leurs éditions datent déjà d’une décennie et n’ont pas été renouvelées depuis. Se les procurer relève déjà du challenge car même Amazon.fr ne les offre pas à la vente et Amazon.com les propose neuf à un prix indécent pour des livres de poche (il n’en existe pas d’autres éditions). Aussi ne fallait-il pas se montrer trop difficile sur l’état, au point de se retrouver avec un exemplaire déclassé par une bibliothèque.

Battle Hymn introduit d’entrée de jeu un nouveau personnage de la Horde dont les agissements vont guider cette deuxième partie. Venu involontairement avec quelques camarades par un tunnel de lumière comme le 35e régiment, Ha’ark appartient à la race de la Horde mais est originaire d’une planète où les siens n’ont pas complétement régressé sur le plan technologique, bien au contraire. Bien que n’étant pas un technicien ni même un soldat professionnel, mais fort de ses connaissances, en l’espace de quelques années il prend le contrôle de la horde Bantag en se présentant comme le sauveur annoncé par une prophétie et prépare la guerre contre la République en construisant de nouvelles armes. C’est à cette préparation qu’assiste et participe involontairement Schruder, fait prisonnier dans Riposte et épargné pendant de longues années sur la volonté du nouveau maître.

Ha’ark et ses amis vont poser de sérieux problèmes à la République. Outre que celle-ci perd son avantage technologique et doit dorénavant copier, ses ennemis passent rapidement à l’offensive pour conserver l’effet de surprise. Never Sound Retreat voit donc un débarquement de Bantags équipés d’armes modernes dont les premiers blindés, sur les arrières de deux armées républicaines et à un carrefour ferroviaire stratégique, une situation dont Keane et ses généraux se sortent difficilement pour engager une retraite progressive qui les amène aux portes de Roum.

Cette guerre commence par ailleurs fort loin de Roum et encore plus loin de Souzdal, la capitale fédérale. En plus de poser des problèmes de logistique induits par les évolutions technologiques, cet éloignement empêche les citoyens de prendre conscience de la situation, ce qu’entretient un courant pacifiste au Sénat, séduite par les propositions diplomatiques pourtant peu fiables de Ha’ark, et une population épuisée sur tous les plans par l’effort de guerre. Lorsque la guerre se rapproche de Roum qui est assiégée (A Band of Brothers), une dissension nait de proposition de paix séparée et grandit entre les deux peuples associés.

La victoire à la Pyrrhus devant Roum, relance l’appétit de paix après autant de morts en dépit des objurgations de Keane et de son état-major peu crédules et désireux de mettre un terme au potentiel industriel des Bantags hérité de Ha’ark. Dans Men of War, l’échec d’une offensive pour libérer la partie de l’état "roumien" occupée précipite la crise et contraint Keane et ses proches à un mouvement désespéré pour sauver leur rêve républicain.

Il a été dit [1] que la première tétralogie laissaient suffisamment de portes ouvertes pour nourrir la suite. Si la deuxième tétralogie s’attache bien au devenir du sergent Schruder, elle ne s’engage pas dans la voie d’une exploration de la technologie "perdue" des Hordes. Celle-ci ne sert qu’à amener de nouveaux protagonistes, détenteurs d’une technologie plus développée qu’ils peineront à mettre en pratique dans leur nouveau monde. L’artifice de relance peut paraître un peu facile car après tout il est le même que celui qui lance la série. Revoilà donc le lecteur parti pour un nouveau conflit mais c’est ce qui avait plu - pas suffisamment aux yeux des éditions Bragelonne - dans les quatre premiers volumes.

Cependant, alors que ces derniers pouvaient se lire espacés, au moins pour les deux premiers, les quatre derniers volumes constituent pour leur part les quatre actes d’un même drame, à peine entrecoupés par quelques mois dans le temps du récit. En conséquence, chaque volume peut paraître moins ambitieux que Ralliement & cie dans le conflit mis en scène mais la totalité est plus grande que la somme des parties. Il est significatif que, avec quelques différences de typographie sans doute, Battle Hymn et ses suites soient plus petits (de 316 pages à 376 pages) que les premiers tomes (de 412 pages à 459 pages) [2].

Compte tenu de cela, la place occupée par les combats dans le récit est très importante. C’est une évolution mais pas un renouvellement. Il appartient donc au lecteur de juger si l’artifice du nouveau chef bantag et l’introduction du matériel et de pratiques de la guerre moderne constituent un renouvellement suffisant pour lui. Néanmoins, l’accent est mis davantage sur la notion de guerre totale et de la logistique qu’elle implique : l’essoufflement, de toute nature, est au coeur du récit. En cela, les nouvelles aventures des vétérans du 35e Régiment rappellent la Première Guerre mondiale. De larges passages sont consacrés à la lassitude de l’arrière, à la rupture de l’économie, à la dissension politique et au doute psychologique qui s’installent tandis que la nature des combats rappelle clairement la guerre des tranchées et ses coûteuses offensives. Il est rassurant de penser que l’auteur trouve à la guerre une certaine vanité, au sens premier du mot.

Le récit est maîtrisé et William Forstchen ne s’embarque pas dans des délires qui s’achèveraient par une explosion nucléaire, totalement improbable compte tenu du niveau technologique des deux adversaires. La maigre fiabilité des blindés (land ironclad dans le texte) ou des appareils volants est même très fréquemment évoquée. Par ailleurs, il est regrettable que l’auteur n’ait pas cru bon de fournir la carte générale ci-dessous avant Men of War, car la géographie du monde joue un rôle plus qu’important.

Au final, cette deuxième tétralogie ne s’avère pas décevante, pas plus qu’elle ne constitue une répétition de la première. Un peu moins passionnante, elle souffre surtout d’un récit qui se prête mal à une pause dans la lecture : d’où une certaine lassitude pour le lecteur francophone qui s’avalerait les 1300 pages d’affilée. A la fin néanmoins, ce même lecteur aura quand même envie de lire Down to the Sea, une séquelle de la série, mais plus tard.

Tomaison Titre français 1ère édition française Titre original
1 Ralliement Bragelonne, 2007 Rally Cry !, 1990
2 Rassemblement Bragelonne, 2008 Union Forever, 1991
3 Revanches Bragelonne, 2008 Terrible Swift Sword, 1992
4 Riposte Bragelonne, 2009 Fateful Lightning, 1993
5 Pas de parution prévue Battle Hymn, 1997
6 Pas de parution prévue Never Sound Retreat, 1998
7 Pas de parution prévue A Band of Brothers, 1999
8 Pas de parution prévue Men of War, 1999
9 Pas de parution prévue Down to the Sea : A Novel of Lost regiment, 2000

[2A noter que la série n’est jamais sortie en grand format, une stratégie éditoriale très rare en France dans le cas de traduction, pour des raisons de coût de production et de profit.

Messages

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?