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DEMAIN LES MOMES

dimanche 19 janvier 2020, par Maestro

Jean POURTALE (1938-1997)

France, 1976

Avec Niels Arestrup, Brigitte Roüan, Michel Esposito, Emmanuelle Béart.

Davantage encore que son homologue littéraire, la science-fiction française au cinéma est souvent méconnue, voire négligée, comparativement à son pendant étatsunien ou même britannique. Et pourtant, quelques pépites s’y nichent probablement encore, ne demandant qu’à être remises en lumière. Est-ce le cas de Demain les mômes ?

Ce long-métrage de Jean Pourtalé, réalisateur à la brève production, s’inscrit d’abord dans la veine post-apocalyptique, un thème très en vogue durant ces années 1968 sur papier, mais également sur écran – pensons à l’adaptation de Malevil en 1980. Ici, cependant, pas d’explication claire : c’est un son insupportable mais à l’origine inconnue qui terrasse l’essentiel de l’humanité, illustration des dangers aveugles faisant de nous une espèce aussi fragile que les autres. Quelques années après cette catastrophe, le film s’intéresse à la vie d’un couple de survivants, Philippe (Niels Arestrup) et Suzanne, installés dans un paysage évocateur de l’Espagne (on apprendra un peu plus tard qu’il s’agit de la Provence). Tous deux vivent une forme de routine, rythmée pour Philippe par ses réapprovisionnements en ville (où il subit des attaques non expliquées, déclinaison de l’homme loup pour l’homme, sans explication autre qu’un simple plaisir de tuer) et ses tentatives de capter par radio des messages d’éventuelles communautés de survivants. Mais sa vie bascule le jour où une bande de rodeurs tue Suzanne, le laissant profondément déprimé.

C’est l’arrivée d’un groupe d’enfants, accompagnés d’un chaperon adulte visiblement attardé mental, squattant son domaine, qui lui redonne peu à peu goût à la vie. Il tente d’abord de capter leurs conversations intimes, aussi éloignées de lui que les ondes radios tant espérées ; puis essaye de les amadouer par des dons de nourriture. Toute cette première moitié du film est pour l’essentiel dépourvue de dialogues. Le sauvetage d’un enfant monté sur le toit de la grange où ils dorment permet à Philippe de briser enfin la glace. Pour autant, si le film devient plus bavard, c’est uniquement du fait de Philippe lui-même, déroulant de longs monologues devant des enfants mutiques.

Car Demain les mômes s’inscrit aussi et surtout dans cette veine de la science-fiction où les enfants incarnent une forme d’altérité radicale, un monde véritablement autre, potentiellement dangereux (illustré par un thème musical plutôt joli) : de la sorte, le film de Jean Pourtalé est à placer aux côtés de Quinzinzinzili, Sa Majesté des mouches, Le Village des damnés (certains des enfants ont d’ailleurs une coiffure qui n’est pas sans évoquer celle de ces créatures débarquées à Midwich), Les Révoltés de l’an 2000 (dont le titre original donnerait en réalité Qui peut tuer un enfant ?) ou, quelques années plus tard, La Nuit des enfants rois. Aucune communication n’est réellement possible avec eux, et si certains apprentissages sont opérants, en particulier auprès de la jeune fille jouée par Emmanuelle Béart, les enfants semblent surtout attirés par les armes à feu. Totalement dénués d’affect (même l’apprentissage d’une chanson enfantine les laisse de marbre), ils demeurent stoïques lorsque Philippe tente à plusieurs reprises de réactiver une éducation violente (cris, claque), mais le laissent sans aide quand la camionnette qu’il était en train de réparer lui écrase la jambe. La fin de Demain les mômes est d’une noirceur et d’une logique écrasantes, laissant voir ce qui peut être interprété comme la nature chroniquement violente de notre espèce, la capacité pour la nature de faire évoluer l’humanité vers une variante mieux adaptée à un monde plus cru.

Difficile pour autant de parler de chef d’œuvre, tant certains éléments demeurent dépourvus d’explication : comment comprendre le retour du son tueur, qui n’affecte d’ailleurs aucunement les enfants ? Pourquoi le départ de Philippe avec les enfants pour trouver la source du signal radio se termine par un demi-tour, et comment se fait-il que l’adulte de leur groupe en soit resté à l’écart ?

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