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Nouvelles de nulle part

samedi 5 mars 2011, par Maestro

Williams MORRIS (1834-1896)

Grande-Bretagne, 1890

L’Altiplano, collection « Flash-back (fiction) », 2009, 512 p.

William Morris (1834-1896) est certainement davantage connu de nos jours pour son apport aux arts décoratifs et à la tendance des préraphaélites que pour son œuvre proprement littéraire. Et pourtant, il livra au soir de sa vie un tableau de la vie future sous le socialisme qui eut un incontestable succès, conçu lui-même comme une réponse au livre de l’étatsunien Edward Bellamy, C’était demain. Nouvelles de nulle part, que L’Altiplano a eu l’excellente idée de rééditer - la précédente édition, bilingue, datait de 1992, mais il faut sinon remonter en amont au début des années 1960 -, est ici publié dans une version poche pratique et très bon marché, a contrario du choix plus luxueux des éditions Ressouvenances en 2008. Et la magie fonctionne, ce voyage vers un avenir en partie suranné conservant une véritable part d’émotion.

A bien des égards, on peut considérer ce livre, tout comme Le monde nouveau de Louise Michel, comme un trait d’union entre les rêves des socialistes utopiques et les visions de la science-fiction, celles de Wells, mais surtout celles d’un J.R.R. Tolkien ou d’un Clifford D. Simak. Il faut dire que l’avenir présenté par Morris s’apparente en grande partie à un retour vers un passé mythifié, rural et paisible, une régénération non dénuée de liens avec les préoccupations écologiques actuelles ; un véritable effacement de la modernité, le XIVème siècle constituant une référence clairement citée, entre autre pour les vêtements. Les machines sont rares, servant pour les fabrications déplaisantes, les seuls véhicules étant barques et calèches, et les livres sont même parfois écrits à la main ! Le narrateur est un militant de la Ligue socialiste anglaise de la fin du XIXème siècle, qui se retrouve pour une raison inconnue vers la fin du XXIème siècle. Il y découvre que la mégapole londonienne a laissé place à un ensemble de petits bourgs composés de maisons larges et confortables, toutes pourvues de jardins, sans aucun immeuble. Les seuls bâtiments collectifs mêlent divers styles architecturaux, et le Parlement est devenu un entrepôt à fumier ! Les individus de cette société idéale sont tous heureux, paraissant plus jeunes que leur âge, et les maladies ont quasiment toutes disparues. Les unions libres sont la norme, et même les associations « familiales » sont libres. Les décisions se prennent lors d’assemblées démocratiques, et les criminels ont soit disparu, soit se voient canalisés par le regard des autres et leur propre remord, les prisons ayant donc totalement disparu.

On le voit, le tableau est (trop) idyllique, et les anticipations de Marx coexistent avec certaines tendances plus libertaires. Ainsi, chacun fait le choix de ses professions, en gardant la possibilité d’en changer régulièrement. Les enfants ne vont pas à l’école, mais s’éduquent par simple imitation, sachant que l’accent est davantage mis sur les travaux manuels qu’intellectuels. Quant à l’économie, tout est gratuit et à la disposition de tous. Les femmes s’occupent cependant toujours de cuisine et de la tenue du foyer (ce serait leur passion innée !), et rien n’est dit sur une quelconque planification et organisation pratique de cette économie où les différents travaux individuels et volontaires semblent s’harmoniser d’eux-mêmes, en dehors du fait que les besoins superflus ont disparu, n’ayant plus à alimenter une production totalitaire. De même, une des conditions implicites d’équilibre de cette société utopique au plein sens du terme (il n’y a plus aucune invention nouvelle) semble résider dans une limitation des naissances qui n’est jamais évoquée. Quant au récit du processus ayant conduit à cet idéal, qui occupe une longue partie du livre, il déploie une révolution mêlant inspirations de la Révolution française et grève générale. Néanmoins, seule l’échelle nationale anglaise est abordée, et c’est assurément là une des principales faiblesses de cet ouvrage fort didactique.

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