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Frères lointains

samedi 9 juillet 2011, par von Bek

Clifford Donald SIMAK (1904-1988)

Etats-Unis, 1944-1978

Le Bélial’, 2011, 337 p.

ISBN : 978-2-84344-105-9

Fortes du succès d’estime de leur recueil Voisins d’ailleurs et heureusement pas découragées par les ventes, les éditions du Bélial’ rempilent avec ce Frères lointains. Si Frères est un peu moins épais que Voisins, il contient aussi quatre inédits très émouvants, tout comme les quatre textes déjà publiés en France d’ailleurs. Les textes choisis s’étalent sur plus de trente ans de la carrière de Clifford D. Simak et abordent des thématiques de leur époque.

Principal thème du recueil, souligné si besoin en était par le titre et surtout par la belle couverture due à Philippe Gady, le contact de l’humanité avec d’autres espèces extra-terrestres est au coeur de cinq nouvelles. Encore faut-il distinguer les conditions du contact. Dans « La planète des reflets », « Tête de pont » et « L’ogre », des récits parmi les plus anciens du recueil, c’est l’humanité qui se déplace, explore, exploite et fait des rencontres. Le plus souvent, elle est amené à négocier des accords mais elle rencontre parfois un os comme dans « Tête de pont ». Les espèces rencontrées ne sont pas toujours technologiquement supérieures à l’humanité mais elles ont toujours pour Clifford D. Simak une sagesse qui manque à l’homme. Certaines sont très originales et l’on sent bien que l’auteur a eu à cœur de montrer que la pensée pouvait être différente. C’est particulièrement manifeste dans « L’ogre » où la vie pensante a pris des formes végétales en symbiose pour certaines espèces avec des lutins voire des hommes. Dans « La planète des reflets », lchaque membre d’une équipe d’exploration planétaire est accompagné d’une créature qui l’observe dans ses faits et gestes sans interférer.

Autant dire tout de suite qu’aux yeux de Simak, l’humanité devrait faire preuve d’humilité et de sobriété. Quand « Tête de pont » s’ouvre sur l’affirmation qu’« il n’y avait rien, absolument rien qui puisse arrêter une équipe humaine de reconnaissance planétaire » (p.161), le lecteur sent bien que quelque chose va interrompre cette belle tradition. Mieux, « L’ogre » doit son titre à l’appétit insatiable de découvertes, de richesses qui anime l’Homme. Capable de conquête, de civilisation puissante, l’Homme n’en utilise pas moins « des méthodes aussi violentes qu’arriérés » (p.230). Clifford Donald Simak est déjà parfaitement conscient des dommages causés par l’Humanité au milieu. Dans « La planète des reflets », il est fait allusion au développement durable [1], mais la nouvelle date de 1957 alors que les premières conférences et enquêtes mondiales évoquant cet objectif sont postérieures de dix ans ! Certes le concept n’est pas nouveau, mais, des années avant que les préoccupations écologistes ne soient plus des affaires de spécialistes pour devenir des questions de société, l’auteur de Demain les chiens avertit ses lecteurs.

S’il en est ainsi, c’est d’abord parce qu’il jette un regard critique sur la société américaine dans laquelle il vit. Dans « Mondes sans fin », Simak est critique envers les systèmes établis de toute éternité. Rappelant celles de Philip K. Dick, cette histoire de complot fournirait une bonne base pour un scénario de film. Sans être hostile au développement technologique, Simak cultive volontiers un certain ruralisme caractérisé par des plaisirs simples en contact avec la nature et une vie matériellement sobre qui n’exclut cependant pas un certain confort : le professeur de droit de « Nouveau départ » n’a pas de plus grand plaisir que la pêche mais apprécie la mystérieuse demeure apparue sur son lieu de prédilection ; le personnage principal du « Frère » mène dans une modeste demeure une vie épicurienne ataraxique tandis que son frère explore les étoiles. C’est un esprit souvent mal perçu en France, où des raccourcis un peu rapides le renvoient à la politique réactionnaire vichyste résumée par La terre ne ment pas. Le film de Jean Becker, Les enfants du marais (1999), qui manifestait un esprit semblable, s’est vu qualifier de vichyste pour moins que ça

Epicurien est sans doute l’adjectif qui caractériserait le mieux la philosophie de Simak à la lecture des nouvelles de Frères lointains. Ses personnages font preuve par ailleurs d’une certaine dignité : le héros de « Nouveau départ », quoique sur le déclin de sa vie, n’abandonne pas pour autant devant les éléments déchaînés. « Dernier acte » ne parle pas d’autre chose que de la mort qui a cessé d’être une surprise pour une humanité devenu voyante mais qui ne doit pas pour autant être moins digne. Mais Clifford D. Simak se double aussi d’un humaniste, car il a foi en la capacité de l’Homme à progresser comme le prouve « A l’écoute » où il communique avec des espèces de l’univers entier par télépathie et échange des informations. C’est dire l’émotion qui imprègne les pages de Frères lointains.

Alors vouloir entrevoir le "jeune auteur" qu’était Simak, comme l’aspire Pierre-Paul Durastanti, semble un peu illusoire. S’il est au début de sa carrière en 1944 - ses premières publications datent du début des années 30 - il est aussi un homme qui a une certaine maturité, un sage, dont la lecture apporte plaisir et sérénité, bref un maître à lire absolument.

Titre Titre original Année de parution 1ère publication française
Avant-propos 2011 par Pierre-Paul Durastanti
Le frère Brother 1977 Fiction, 1978
La planète des reflets Shadow World 1957 Galaxie, 1958
Mondes sans fin Worlds Without End 1956 Clifford Simak, 1985
Tête de pont You’ll never go home again 1951 Les chefs d’oeuvre de la science-fiction, 1968
L’ogre Ogre 1944 inédit
A l’écoute Party Line 1978 inédit
Nouveau départ New Folks’ Home 1963 inédit
Dernier acte Death Scene 1957 inédit
L’Université galactique au coin du bois - Une postface - 2011 par Philippe Boulier

[1« Si l’homme entendait continuer d’explorer l’univers, il devrait pratiquer un usage responsable de ses ressources naturelles. L’abondance n’excusait pas le gaspillage. » (p.60)

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