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L’imagination au pouvoir

samedi 23 juillet 2011, par Maestro

Dessin : Mr FAB (1975-)

Scénario :Fred DUVAL (1965-), Jean-Pierre PECAU

Couleurs : Jean-Paul FERNANDEZ

France, 2011

Delcourt, coll. "Neopolis", 66 p.

Ce nouvel épisode des uchronies concoctées par l’équipe de Jour J se révèle être un des plus intéressants et des plus originaux. Dans cette trame temporelle alternative, les événements de Mai 68 ont été déviés de leurs cours suite à la destruction accidentelle de l’hélicoptère qui transportait de Gaulle à Baden Baden. Massu prend alors l’initiative d’envoyer ses chars sur Paris, déclenchant une guerre civile dont on peine d’ailleurs à comprendre pourquoi elle dure deux ans (les chars étant en effet surpassés par une guérilla urbaine très efficace et affaiblis par la révolte du contingent). A l’issue du conflit, un gouvernement d’union nationale se met en place, dont les chefs de file sont Daniel Cohn-Bendit et François Mitterrand, en attendant l’élection d’une Constituante et la création d’une VIe République.

Sur ce fond politique, l’album met en images une histoire plus classique de braquage opéré en Mai 68, dont un des protagonistes, un ancien de l’OAS [1] écarté du partage pour raisons médicales, vient finalement réclamer sa part auprès de ses anciens complices, dont un certain Jacques Chirac… On retiendra en particulier, outre les habituels itinéraires alternatifs de personnes célèbres (Pierre Goldman et Régis Debray morts en tentant d’exporter la révolution en Espagne, ou Jim Morrison décédé en apportant son soutien actif aux insurgés français) et les divers clins d’œil (la « passion pour les arts primitifs » de Chirac ou le « nid de coucous »), les quelques aperçus de l’exubérance artistique permise par cette période plus libertaire, et surtout le cadre architectural du nouveau Paris, audacieux et pleinement ancré dans ce style si caractéristique des années 1970.

Malheureusement, il reste en tête une impression tenace d’un potentiel seulement effleuré. Une nouvelle commune de Paris s’est mise en place, mais en dehors de quelques allusions aux maoïstes, situationnistes et autres « gauchistes » (les trotskystes étant les grands oubliés, un comble lorsque l’on connaît leur importance à cette époque au sein de l’extrême gauche) [2] , rien n’est dit d’un contre-pouvoir réel, d’une dialectique de double pouvoir, ou de la situation en province. La normalisation semble dans cette absence inévitable, non sans quelques extrapolations discutables (le Cohn-Bendit de 68 aurait-il vraiment accepté un rôle de politicien bourgeois qu’il a endossé dans notre réalité en étant plus âgé, d’autant qu’il affirme être toujours un « anarchiste allemand » tout en exerçant sa fonction gouvernementale ?).


[1Il évoque aussi bien le personnage central du tome précédent, Qui a tué le président ?, que les acteurs des Tontons flingueurs.

[2Quant au PCF, il s’est déconsidéré dès 1969, lorsqu’il a demandé à Moscou son intervention afin de rétablir l’ordre en France (une prise de position qui étonne du fait de son impossibilité pratique, liée à la position géographique du pays et à sa place au sein du bloc occidental).

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