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Dimension fées

dimanche 10 juillet 2016, par Maestro

Chantal ROBILLARD (1949-)

France, 2016

Black Coat Press, coll. "Rivière blanche," série Fusée, 228 p.

Chantal Robillard avait déjà livré dans la série Fusée de Rivière blanche un recueil de textes nommé Dimension Moscou. Plutôt que de décliner le concept, autour d’autres villes célèbres et inspiratrices, elle a choisi de réunir des nouvelles consacrées aux fées, sous toutes leurs formes. Le sommaire, qui comprend pas moins de vingt-six textes, s’avère très varié, incluant même de la poésie (deux courtes œuvres de Roland Marx, axée sur les jeux de mots, et Henri Etienne Dayssol, voire le court texte d’Olivier Larizza, « Vers l’Orient ») ; la contribution de Muriel Chemouny, universitaire spécialisée en civilisation chinoise, et baptisée «  La porte des merveilles », s’apparente pour sa part à un article d’analyse, cherchant à identifier la nature de la fameuse Mère l’Oye de Charles Perrault (probablement une oie sauvage et sa symbolique de la liberté et du voyage).

Dans plusieurs des nouvelles collationnées, les fées sont les déguisements que prennent des sentiments ou des traits de caractère : la générosité et la solidarité dans « Le Diable n’est plus ce qu’il était ! » de Christiane Baroche ; l’innocence et une forme presque naïve de sincérité dans « En étrange exil » de Pierre Dubois, à la prose fleurie et multicolore ; l’esprit de l’enfance et son émerveillement dans « Mûre », de Jean-Pascal Ansermoz ; le désir de faire le bien à autrui, de résoudre les épreuves, avec « La nuit des étoiles filantes » d’Olympia Alberti ; l’espoir d’une mort sans souffrance, enfin, avec « Les faits du logis », de Philippe Di Folco. Dans « Nixia et moi » de Pierre Bordage, cette ondine n’ayant trouvé comme seul refuge contre la pollution de l’eau les bassins d’une station d’épuration incarne la confiance en soi d’un individu lambda et bien fade, une belle adaptation contemporaine des légendes de jadis. Autre très beau texte, « Sel » d’Estelle Faye, ou l’errance, dans un avenir proche et très réaliste, d’une jeune fille devant surmonter un deuil à travers le désert de sel d’Atacama ; la transfiguration de celui-ci en océan est puissamment métaphorique.

Et puis il y a l’humour, celui de l’improbable « Barbe au bois dormant » de Joël Henry, ou de « Carabosse, la véritable histoire », de Jacques Lovichi, qui contourne l’image de sorcière de la dite Carabosse en mélangeant divers contes. Mais celui que j’affectionne le plus est « De quelques fées injustement méconnues », signé Elisabeth Chamontin. On y découvre en effet des fées méconnues, la fée Difion ou la fée Mène, pour n’en citer que deux : le seul défaut de cette contribution est d’être trop courte ! Joël Schmidt, plus connu comme auteur de plusieurs biographies chez Folio (celles de César ou de Robespierre), livre avec « Une pianiste d’un autre monde » une histoire que l’amour transfigure en féérie, une féérie toute personnelle. Emmanuel Honneger, pour sa part, délivre sans doute la contribution la plus originale et la plus délirante. Son symposium de fées évoquant la conservation de la mémoire via l’utilisation du lierre est sympathiquement absurde, les descriptions des réjouissances féériques étant d’une luxuriance sans limites.

« Le voile de l’aube », de Patrick Fishmann, s’amuse avec le thème de l’enfant sauvage, ici décliné dans une ambiance de conte de fée. Hervé Thiry-Duval s’inscrit pour sa part pleinement dans les contes, justement, son récit d’abord traditionnel -l’histoire d’un jeune amoureux pris au piège du charme vénéneux des Blondines- débouchant sur une seconde histoire, tout aussi cruelle ; « La cascade des Blondines » fait assurément partie des réussites les plus convaincantes de Dimension Fées. Inspiré d’une personnalité authentique, « A faire revenge » de Claudine Glot traite de la résistance du rationalisme face à la féerie, la première finalement vaincue par la seconde. De même, Ugo Bellagamba dans « La fin de toutes les fêtes  » se sert de la légende italienne de la Befana pour offrir au célèbre Cavour, artisan de l’unification de la péninsule, un destin magique. François Urban-Menninger livre dans « La petite voix de mon enfance » une sorte de mise en abyme valant pour toute l’anthologie, une jolie évocation de l’art d’écrire et d’imaginer, véritable genèse féérique.

« Fin  » d’Hélène Marchetto est moins prenant, son évocation de la fin de l’humanité vue par une fée tenant davantage de l’esquisse au fusain. De même, « Une vague odeur de sardines grillées » de Bernard Visse et son personnage de fée dont les pouvoirs émergent à l’adolescence n’aboutit qu’à une fin en queue de poisson (ou de sirène ?). « Histoires de pandas et de fées », de Sybille Marchetto, tire sa principale originalité de sa brève romance homosexuelle entre une humaine écrivain et une fée. Les deux derniers textes sont un peu particuliers, à part. « L’enchanteur du Paraïs » est en effet une évocation, par la fille de Jean Giono, Sylvie Durbet-Giono, de son enfance dans un cadre littéralement féérique. Quant à «  La fontaine Jean le bleu, en guise de postface », écrit par l’anthologiste elle-même, c’est un texte où l’histoire est avant tout un prétexte à convoquer tous les auteurs du volume, une sympathique conclusion. Dimension Fées est une véritable table de riz indonésienne : une base commune, et des recettes diverses, certaines trop aigres, amères ou décevantes, d’autres véritablement succulentes.


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