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X.P. 15 en feu

dimanche 19 juin 2016, par Maestro

Pierre DEVAUX (1897-1969)

France, 1945

Magnard, coll. "Le Temps d’un livre", 238 p., 1976.

Voilà un roman publié dans les derniers mois de la Seconde Guerre mondiale, et qui a connu plusieurs rééditions successives, dans les années 1950 et jusqu’aux années 1970. Son auteur, Pierre Devaux, polytechnicien qui s’était spécialisé dans la vulgarisation scientifique, avait été sollicité par Robert Magnard afin de lancer une collection jeunesse, Science et Aventure. Et il est clair que son livre respire l’optimisme, une bouffée d’air frais au sortir d’un conflit meurtrier, destiné à la fois à remotiver les nouvelles générations et à leur donner confiance dans les potentialités du progrès technologique et scientifique.

Publié quelques mois seulement avant les premières explosions atomiques sur cibles civiles au Japon, X.P. 15 en feu va jusqu’à traiter du nucléaire (ici issue du radium) comme une énergie extraordinaire mais inoffensive, présente jusque dans le café sans incidence sur la santé ! De même, ses évocations de vaisseaux interplanétaires et d’exploitation des -colossales- ressources minières de la Lune passent sous silence toute conséquence sur l’environnement, la pollution étant totalement absente car maîtrisée. Tout commence par l’exploit du jeune Robert Lyax, adolescent qui parvient à mettre fin à la fuite automobile d’une bande de malfaiteurs. Remarqué par le responsable de la police, il parvient à intégrer la Compagnie générale interplanétaire, et à suivre la formation destinée à le faire devenir pilote de fusée. En cette fin de XXe siècle, le progrès a continué son ascension sans nuage, les fusées étant devenues d’usage courant, aussi bien pour les liaisons intra qu’extra-terrestres. On sent ici l’influence des V1 et V2, explicitement évoquées dans le roman, et à travers les aventures de Robert Lyax, qui se lance dans l’espace, visite la Lune et mène une poursuite l’amenant sur Vénus, Saturne et Mars, se dégage un véritable parfum d’optimisme, l’étoffe des héros avant l’heure. Les guerres semblent d’ailleurs avoir totalement cessé, et l’humanité communie au sein d’un consortium mondial tourné vers les nouveaux horizons planétaires ; c’est ici le capitalisme qui se déploie à toutes forces, les entreprises fleurissant sur la Lune ou sur Mars.

Au point d’ailleurs d’accoucher de visions que l’on peut désormais trouver naïves, ainsi de ces scaphandres féminins colorés ou de ces compétions sportives pratiquées sur la Lune, mais des visions parfois teintées de poésie (le train de l’éternel midi, qui fait le tour de Mars dans le sens opposé à la rotation de la planète). De même, l’intrigue policière censée apporter davantage de suspense au récit se révèle pour le moins simpliste, le méchant -chef de la bande de malfaiteurs évoquée ci-dessous- manquant cruellement de charisme, et son fils n’étant autre que le plus haïssable des condisciples de Robert (roux, de surcroît !). En outre, la brève image de la révolution, avec le soulèvement de la New York de Mars, écrasé sans pitié, qui n’est pas sans évoquer certains épisodes de la révolution chinoise (lus dans La Condition humaine de Malraux, peut-être), privilégie une vision complotiste et minoritaire de soulèvements perçus comme d’un autre âge. Enfin, un certain chauvinisme cocardier se fait également sentir, le français étant devenu la langue universelle de l’espace. En dépit de son souci de véracité, d’authenticité scientifique et technique, Pierre Devaux n’échappe pas totalement au merveilleux : pour preuve, les formes de vie existant sur notre satellite, carrément multiples sur sa face cachée (jusqu’à des aigles ou une variété de cerfs géants), permises par la présence d’air au fond des cratères et des cirques. Quant à Vénus et Mars, la première incarne classiquement la jeunesse de la Terre, avec présence des mêmes animaux préhistoriques (un conformisme évolutionniste pour le moins surprenant), tandis que Mars a bien été habité par une antique civilisation, maîtresse d’œuvre des fameux canaux,

Une chose est sûre, un certain succès fut certainement au rendez-vous, X.P. 15 en feu ayant connu au moins une suite avec L’Exilé de l’espace en 1947… X.P. 15 en feu incarne ainsi avant l’heure une veine profondément positive et idéalisant la société industrielle, précédant de quelques années la déferlante anglo-saxonne : un contraste marqué avec ces œuvres contemporaines que sont L’œil du purgatoire de Jacques Spitz ou Et la planète sauta… de B.R. Bruss.

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