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LOOPER

L’affranchi

samedi 10 novembre 2012, par von Bek

Rian JOHNSON (1973-)

Etats-Unis, 2012

Bruce Willis, Joseph Gordon-Levitt, Emily Blunt, Noah Segan, Jeff Daniels, Pierce Gagnon

Bruce Willis dans une histoire de voyage dans le temps, ça fait tout de suite penser à L’armée des douze singes, soit un bon moment de cinéma. Avec Looper, on se prend à espérer de revivre ce passé et d’effacer les quelques erreurs commises quand Willis et la SF se rencontrent. Pourtant aller voir le film de Rian Johnson en gardant à l’esprit le film de Gilliam - ce que les jeunes générations ne feront sans doute pas -, ne serait pas faire une erreur mais serait un peu dommage, car Looper ne fait pas le singe.

Joe est un looper, un tueur de la Mafia, officiant dans le Kansas en 2044. Lui et ses semblables exécutent les contrats que leur expédie les Syndicats du crime installés trente ans dans l’avenir, à une époque où le voyage temporel existe mais est interdit et tellement surveillé que seul le crime organisé peut se permettre de l’utiliser. Le principe est simple : la cible est expédiée dans le passé pieds et poings liés, cagoulée et avec le paiement du contrat en lingots d’argent. Le looper l’attend à une heure dite et à un endroit précis, l’accueillant d’un coup de fusil à peine arrivée. Jamais au grand jamais, le looper ne doit démasquer sa victime avant de l’exécuter. Quand il en reçoit une qui porte plusieurs lingots d’or, il comprend qu’il vient de se tuer lui-même et, qu’avec cette prime, sa carrière de looper vient de prendre fin. Il vient de boucler sa boucle. Il lui reste trente ans à vivre.

Joe accepte parfaitement les principes de son job. Seulement, quand arrive son tour, son avenir ne lui arrive pas cagoulé ni menotté, mais le regarde droit dans les yeux. Il parvient à le désarmer et se fait la malle. C’est la pire chose qui puisse arriver, car, Joe, le jeune et l’ancien, deviennent les cibles de Abe, le représentant de la Mafia future qui contrôle toute la ville. Joe le jeune n’espère plus que de descendre Joe l’ancien avant les autres pour racheter sa bourde. Joe l’ancien, lui, a un autre but : éliminer l’enfant qui doit devenir le faiseur de pluie, le chef le plus puissant de la mafia en 2074, qui a entrepris de boucler tous les boucleurs.

Il est évident qu’un bon film de voyage dans le temps doit avoir un scénario en béton, de ceux qui surfe sur le paradoxe temporel avec l’inconscience du Voyageur temporel barjavelien. Le scénario de Looper est en béton armé, mais ne nécessitera pas de prendre de l’aspirine, bien que certains spectateurs ne manqueront pas de dire qu’ils n’ont pas compris certaines scènes comme celle qui suit la chute de Joe le jeune du haut de l’échelle de secours. En revanche, on pourrait discuter longtemps de l’utilité de la première exécution ratée de Joe. Elle était dispensable selon moi. Rian Johnson, qui a réalisé et écrit le film, a fait très fort, car il mêle à son histoire de voyage dans le temps des ingrédients de mutation génétique, qui de petits détails initiaux, prennent une place essentielle dans l’intrigue.

Or Dieu est dans les détails disait l’autre. C’est on ne peut plus vrai pour un film de SF, où il est trop rapide de céder à la facilité. Rian Johnson n’a a priori rien concédé. Depuis le contexte économique et social de 2044 où les inégalités de richesse n’ont jamais été aussi fortes jusqu’aux objets et aux drogues du futur, il n’a rien oublié et a même pensé que tout ne pouvait avoir évolué. Sarah utilise un drone pour pulvériser ses champs de canne mais cuisine encore sur une plaque électrique. Les voitures avoisinent avec des motos flottantes qui rappellent un peu celles du Retour du Jedi, la célérité en moins. Il y a aussi la génétique.

Pour ne rien gâcher, les acteurs, sans doute bien dirigés, sont au meilleur de leur art, sans préjuger de l’avenir. Si pour Bruce Willis, qui n’a jamais été un bon acteur (eh oui !), tout reposant sur un jeu d’arcade sourcilières ou de coin de la bouche, cela ne signifie pas grand chose, Joseph Gordon-Levitt, soigneusement grimé pour incarner la jeunesse de Bruce Willis, livre une véritable performance d’acteur en imitant le jeu de son partenaire. Emily Blunt montre aussi son talent dans des scènes émouvantes.

Justement, le réalisateur est-il attendu au tournant du sempiternel message sur l’amour qu’il parvient à le délivrer sans miévrerie mais sans concession non plus. On repassera pou l’happy end

Cerise sur le gâteau, Rian Johnson se paie le luxe de l’hommage au film de mafiosi. Joe cultive un style dont Abe se moque parce que copié des films du XXe siècle. Le même Abe écrase les doigts de son incapable homme de main ou recourt à une version temporelle de la mutilation de l’otage. Bref, Looper n’est pas un film de SF pour les enfants, mais plutôt la version science-fictive du Parrain... en exagérant quand même un peu.

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