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MANIMAL

samedi 11 mai 2013, par von Bek

Glen A. LARSON (1937-) & Donald R. BOYLE

Etats-Unis, 1983

8 épisodes

Simon MacCorkindale, Melody Anderson, Michael D. Roberts & Glynn Turman

Manimal pourrait faire figure de cas d’école dans l’histoire des séries : elle est l’exemple-type de la série annulée faute de succès aux Etats-Unis. Sa brièveté montre aussi que les producteurs sont alors peu disposés à donner une chance. Cependant peut-être eut-il fallu s’interroger sur les raisons de ce manque de succès ?

Au départ, il y a un concept génial et ambitieux, l’idée d’un homme capable de se transformer en toutes sortes d’animaux qui exercerait la fonction de consultant pour la police de New York en liaison avec une policière. Mis en application, l’homme devient Jonathan Chase (Simon MacCorkindale) qui concilie l’esprit et l’argent puisqu’il est à la fois professeur d’université et millionnaire, ce qui en langage télévisuel se traduit par : il conduit une Ferrari. Du savoir de son père, il a hérité de la capacité de se transformer en animal. Dans l’épisode pilote, sensiblement plus long que les épisodes standards, le professeur Chase commence par apparaître comme un des ces redresseurs de torts amateurs et non officiels qui foisonnent dans les séries américaines. En enquêtant sur une affaire de contrebande, il fait la connaissance du sergent Brooke McKenzie (Melody Anderson, ex Dale Arden dans l’inénarrable Flash Gordon) qui découvre son secret. Le duo est en fait un trio puisqu’il est complété par le personnage de Tyron L. Earl (interprété par deux acteurs différents, Glynn Turmann n’endossant le rôle que pour le pilote), personnage en grande partie chargé du comique, comme c’est malheureusement souvent le cas pour les acteurs noirs dans les séries américaines des années 80 (cf Huggy les bons tuyaux dans Starsky et Hutch par exemple...). Au fil des épisodes, nos héros vont déjouer des trafics en tout genre (armes, drogue dans Illusion, course truquée dans Un enjeu d’importance), des gangs allant du syndicat du crime (La Légende de l’ours de bronze) au bandit chinois (Le souffle du dragon), et même se lancer dans une course au trésor (La Défense du morse) ou jouer les bons samaritains pour une riche héritière élevée par les loups (La Femme louve).

Pourquoi est-ce que je trouve le concept à la fois génial et ambitieux ? Il est génial parce qu’il associe deux thèmes classiques des séries américaines : le fantastique et les animaux. Depuis, le succès de Star Wars au cinéma en 1977, la science-fiction et le fantastique sont sortis de leurs placards, le deuxième ne se limitant plus aux histoires de monstres de Frankenstein ou de vampire, à la rigueur d’homme invisible. Glen A. Larson est même à l’origine de deux séries de SF de la fin des années 70 et du début des années 80 : Galactica et Buck Rogers, dont on remarque bien au passage, qu’elles non plus n’ont pas fait long feu. Les séries d’animaux sont en revanche courantes dans les années 60 [1], mais visent davantage un public enfantin voire infantile.

C’est d’ailleurs pour cela que Manimal est ambitieux, car le succès des séries d’animaux repose en large partie sur l’individualisation de l’animal qui acquiert des caractéristiques humaines ou des comportements humains, ce qui crée un lien affectif. Dans Manimal, les animaux sont perçus pour ce qu’ils sont et la série est très ponctuellement parsemées de remarques éthologiques. Deux des meilleures séquences des 8 épisodes sont incontestablement celles de la préparation au duel entre Chase et le Dragon dans Le souffle du dragon. Elles sont excellentes parce qu’en dépit d’un kung fu de carnaval, elles sont en parfaite adéquation avec le concept de la série : Chase utilise le comportement animal dans le combat pour se former au kung fu, partant du principe que celui-ci a justement été créé à partir de l’observation du monde animal. De plus, la diversité des animaux en lesquels Jonathan Chase est appelé à se transformer empêche la création de ce lien affectif. Cette diversité pose aussi le problème de la représentation de la métamorphose, ce qui n’aurait pas dû en être un à l’époque des progrès techniques où est réalisé Manimal, presque dix ans après la série La Planète des singes.

Et c’est là où le bât commence à blesser pour cette création Glen A. Larson. La production n’a pas les moyens de son ambition. Ainsi, si en 8 épisodes, le personnage se transforme au total en 10 animaux différents, il n’y a guère que 3 ou 4 métamorphoses qui sont montrées. Pire, pour économiser, ce sont toujours les mêmes scènes qui sont utilisées et réinsérées dans les différents épisodes en dépit du fait que la transformation n’ait pas toujours lieu dans les mêmes cadres, n’hésitant même pas à les passer à l’envers pour une métamorphose inverse. Ces pratiques de recyclage sont courantes dans les séries américaines antérieures aux années 90 et ne datent pas d’hier puisque déjà mises en oeuvres dans des séries des années 60, comme les Mystères de l’Ouest. Elles répondent à une exigence, celle du moindre coût, sans comprendre qu’elles nuisent à une autre exigence, celle du spectacle de qualité. A l’époque, il faut produire et vendre pas cher [2]. On comprend bien que l’emploi d’animaux dressés pose des problèmes techniques et financiers qui ont été en partie contournés par le recours systématiques aux deux mêmes animaux : une panthère noire et un rapace qui doit être une buse. En soit cela n’est pas gênant, d’autant que la panthère noire n’est pas vraiment un animal fréquent dans les séries américaines de l’époque. Elle a par ailleurs un fort pouvoir de séduction. Reste que les effets spéciaux ne sont pas folichons. Néanmoins, cela n’aurait peut-être pas trop nuit au succès si le reste avait été soigné, le public de l’époque étant moins exigeant car moins habitué aux effets spéciaux. La preuve est qu’hors des Etats-Unis, la série a été plutôt appréciée.

Les acteurs font ce qu’ils peuvent et s’en sortent même bien, Simon MacCorkindale assurant physiquement dans le rôle. Si on excepte la présence d’Ursula Andress, sans doute engagée pour valoriser l’épisode pilote et lancer la série, le casting se nourrit des seconds rôles des séries de l’époque, avec, par exemple, Robert Englund dans un rôle d’homme de main dans l’épisode 8. S’il y a ratage, il faut l’imputer à la production !

Le problème est qu’une fois le concept original pondu, Glen A. Larson a plaqué dessus des intrigues qui ne différaient guère de celles des autres séries policières, la seule différence résidant dans le fait qu’un animal intervient pour dénouer des situations difficiles. Seulement on ne fait pas sortir un animal d’un placard à balais comme un magicien fait sortir un lapin de son chapeau sans que personne ne s’en étonne. Glen A. Larson, ou du moins ses scénaristes ne se posent pas de questions, donc les personnages non plus. Quand Chase se transforme en buffle dans le placard à palais du repère du dragon - un bandit chinois qui rackette la communauté de Chinatown -, il n’y a personne après pour s’étonner qu’un tel bestiau surgisse de là. Les bandits n’en parlent tout simplement pas ! Sur trois épisodes seulement, l’intrigue est en rapport avec le concept originel de la série : le premier est la femme louve qui exploite sans originalité le concept de Tarzan en le mêlant au Livre de la jungle. Les deux autres sont les deux derniers !

Quand on sait que l’action est supposée se passer à New York, alors que tout, à commencer la luminosité et le bleu du ciel, montre que c’est tourné en Californie, on aura bien compris que la production n’était pas à une incohérence près. En fait, elles prolifèrent dans la simple logique de l’histoire, comme dans les montages - le serpent de l’épisode La Défense du morse est supposé ramper sur des sables mouvants, l’image le montre rampant sur des feuilles mortes -, les dialogues [3], pour lesquels il faut peut-être incriminer le doublage français, ou la mise en scène dans laquelle les trucages les plus basiques ont l’air d’avoir été réalisé avec deux bouts de ficelles.

Au final, si la série a pu fasciner de jeunes esprits lors de sa première diffusion française (en 1985), elle a depuis très mal vieilli et n’est pas à la hauteur des exigences actuelles, sans avoir en plus les qualités d’autres séries parfois plus vieilles mais pas forcément toujours très soignées. Dans Manimal, le bric et le broc passent mal !

Episode Titre VF transformation en
1 Manimal (épisode pilote) panthère, rapace, chat
2 Illusion panthère, rapace
3 La Nuit du scorpion panthère, perroquet
4 La Femme louve rapace, panthère, dauphin
5 Un Enjeu d’importance rapace, panthère, cheval
6 La Défense du morse panthère, rapace, serpent
7 Le Souffle du dragon rapace, panthère, buffle
8 La Légende de l’ours de bronze cheval, ours, panthère, rapace

[1On citera en vrac Lassie (321 épisodes et 20 ans d’existence), Flipper le dauphin (88 épisodes en 3 saisons), Sally, l’otarie (moins de succès avec 19 épisodes) ou Daktari (89 épisodes)

[2A l’inverse de maintenant où le coût de production d’un épisode peut dépasser le million de dollars

[3Dialogue mémorable de La Légende de l’ours de bronze dans une scène qui voit Tyrone menacé par un truand :

« Tu vas me dire pour qui tu travailles
- je...
- J’en ai rien à foutre ! »

Messages

  • Très bonne analyse de la série. Le générique est excellent et le concept est intéressant, mais par paresse on tombe rapidement dans le cop show urbain. Dommage avec le duo Simon MacCorkindale / Melody Anderson, il y avait largement mieux à faire. Ce n’est pas un hasard si les 2 épisodes qui sortent du lot sont ceux qui s’éloignent du cop show (l’enfant sauvage, la chasse ou trésor, l’escapade à la campagne). Avec les progrès des CGI, on pourrait en faire un bon remake.

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