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Dans la toile du temps

dimanche 17 mars 2019, par Maestro

Adrian TCHAIKOVSKY (1972-)

Royaume-Uni, 2015, Children of Time

Denoël, collection Lunes d’encre, 2018, 592 pages.
Le romancier Adrian Tchaikovsky, pourtant déjà fort d’une production conséquente (une quinzaine de livres à l’actif de ce britannique né en 1972 et qui publie depuis 2008), n’avait pour l’heure jamais été traduit en France. C’est désormais chose faite, avec un roman récipiendaire du prix Arthur C. Clarke 2016 – prix décerné, rappelons-le, aux romans du genre publiés au Royaume-Uni. Dans la toile du temps est une de ces fresques ambitieuses, qui brasse une foultitude de thèmes et les décline à travers une prose prenante et haletante. Tout commence autour d’une planète récemment terraformée, choisie pour être le cadre d’une expérience visant à implanter une espèce simienne et à lui faire subir une évolution accélérée de l’intelligence, grâce à un nanovirus. Mais rien ne se déroule comme prévu. Un opposant au projet, infiltré dans l’équipe, sabote sa mise en place, tandis que sur Terre, un conflit aux conséquences dramatiques voit s’affronter partisans et adversaires d’un progrès scientifique sans limites. Des milliers d’années plus tard, des survivants de la Terre pénètrent dans le système désormais seulement gardé par la conceptrice du projet, enfermée dans un satellite, afin de s’installer sur la planète vierge. Parallèlement, le nanovirus, qui n’a pu agir sur les singes, désintégrés lors de leur entrée précipitée dans l’atmosphère, suscite le passage à la conscience de différentes espèces d’insectes, en particulier des araignées : les progrès civilisationnels qu’elles connaissent se heurtent à la concurrence d’espèces rivales, les menaçant dans leur survie, y compris une humanité proche du stade terminal…

Dans la toile du temps est un roman extrêmement efficace et addictif, qui suit avec habileté humains et araignées, elles-mêmes en partie anthropomorphes, et confrontés à des problématiques proches. Adrian Tchaikovsky connaît ses classiques, et on est poussé à évoquer certains de ses aînés : David Brin, son cycle de l’élévation (le projet initial est d’ailleurs appelé Brin 2 !) ou son récent Existence ; John Brunner, dont Le Creuset du temps suivait lui aussi l’évolution d’une autre forme de vie ; Brian Aldiss et son cycle d’Helliconia, exoplanète observée par un satellite espion ; Stephen Baxter, et sa magnifique évocation de la vie primate et humaine sur Terre dans Evolution. La composante la plus réussie du roman est en effet celle qui suit l’histoire de ces araignées intelligentes, aranéides ou arachnides, rôle souvent dévolu en littérature aux fourmis (citons Les Formiciens, de Raymond de Rienzi), faisant ici figures de redoutables rivales. Leur découverte de l’urbanisation, de la religion, leurs formes alternatives de vie en société – sans pouvoir réellement surplombant, une forme d’anarchisme clanique –, leur supériorité intrinsèque des femelles sur les mâles, sont autant de points stimulants pour la réflexion. D’autant plus qu’au-delà de certaines similitudes quant à l’évolution historique (peste noire, révolution scientifique, conquête spatiale), l’écrivain s’efforce de prendre en compte leur altérité, évoquant leurs limites physiques comme la centralité de l’odorat dans leurs modes de perception (les privant d’un échange linguistique avec les humains), ou imaginant une fascinante bio-informatique. Dans la toile du temps est ainsi une ode à la vie, contrainte de franchir divers paliers et divers obstacles entropiques, capable également d’être solidaire : de quoi rendre optimiste en un temps qui l’est moins.

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