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Niourk

L’Enfant noir

samedi 27 juillet 2013, par von Bek

Stefan WUL (1922-2003)

France, 1957

Avant même de l’avoir lu, j’ai un souvenir de Niourk, peut-être déformé par le quart de siècle qui s’est écoulé depuis. Un élève de ma classe de 6e, - je n’irai pas jusqu’à l’appeler un camarade-, l’avait choisi parmi la (longue) liste de lectures conseillées par la professeur de français. Dans mon souvenir, il n’avait pas compris que Niourk était la ville de New York... c’est à se demander s’il l’avait lu, car Stefan Wul ne cache nullement cet état de fait, à la différence du héros de La planète des singes qui se découvre être sur Terre.

Je ne me souviens pas si lors de la présentation il avait été question de l’enfant-noir. Je l’espère après-tout, car il est le personnage central, quasi-omniprésent du roman, depuis le début où il fait figure de paria d’une tribu d’Hommes retombés à l’état quasi-sauvage vivant au fond de la dépression naguère occupée par la mer des Caraïbes entre Haïti et Cuba, jusqu’à la fin où il devient ce qui s’approche le plus d’un dieu si l’on considère l’omnipotence. Entre, il sera parti à la recherche du Vieux, ancien quasi-divinisé, dans une ville des dieux dans les monts Cuba et dont il ne trouvera que le cadavre. Redescendu de la ville avec une arme laser, il domestique un ours, vainc les poulpes mutants et remplace le Vieux à la tête de la tribu qu’il mène vers le Nord et la ville de Niourk. Ayant festoyé des dépouilles des céphalopodes, l’enfant noir est irradié et engage une mutation qui l’aurait conduit à la mort sans la rencontre avec des visiteurs extra-terrestres lointains descendants asexués de Terriens qui ont colonisé l’espace. Technologiquement et intellectuellement supérieurs, les extra-terrestres se voient dépassés par l’enfant-noir mutant.

Quand je regarde la multiplicité des termes abordés par Niourk, je trouve le roman trop riche par rapport à sa briéveté. En environ 200 pages, selon les éditions, il est question de presque tous les thèmes majeurs de la SF à l’exclusion du voyage dans le temps : l’apocalypse, l’écologie, l’exploration spatiale, l’évolution, la robotisation, les extra-terrestres, la religion. Tout y passe mais à vitesse grand V. Ce qui en fait sans doute un livre idéal pour la jeunesse, mais pas très crédible pour un adulte, même jeune.

Je me suis demandé un court instant si le roman ne portait pas un message colonialiste mais antiraciste, le livre étant écrit en une époque de décolonisation. Pourquoi ? Parce qu’une d’une part l’enfant est le seul noir de sa tribu et il en est le dernier des derniers, mais d’autre part qu’il s’élève grâce aux restes d’une civilisation clairement héritée de l’occident. Remis dans le contexte, ne peut-on pas y voir un message prônant l’intégration complète et égale des colonisés aux sociétés des métropoles pour ne former plus qu’un seul peuple ? Cerise sur le gâteau, Niourk présente l’Africain comme le produit mais aussi l’héritier de la civilisation de l’homme blanc. On pourrait aussi le lire comme un appel à la déségrégation de l’Amérique.

Je le vois en tout cas comme un livre profondément humaniste. Ecrit en une époque où la SF désespère volontiers de l’humanité qu’elle voit quasiment se suicider dans un holocauste nucléaire, allant même jusqu’à prédire une fin tragique pour tout recommencement (cf. Un Cantique pour Leibowitz par exemple), Niourk envisage l’éternelle capacité de l’homme à survivre et à se sortir de la sauvagerie, fut-ce pour un seul individu. Cela séduira peut-être un esprit dénué de cynisme.

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