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Moriarty : le chien des d’Ubervilles

samedi 13 février 2016, par von Bek

Kim NEWMAN (1959-)

Grande-Bretagne, 2011, Professor Moriarty : The Hound of the D’Ubervilles

Bragelonne, 2015, 453 p.

Si Kim Newman reconnaît humblement dans son excellente note de fin qu’il n’est pas le premier à imaginer le personnage du colonel Moran en pendant criminel de Watson, gageons qu’il le premier à pousser la symétrie jusqu’à en faire l’auteur de mémoires dans lesquelles sont racontées quelques affaires de Moriarty. Précédés d’une préface mettant en scène la découverte de ces mémoires, sept chapitres, constituant autant d’aventures, couvrent l’existence du duo Moriarty-Moran depuis la rencontre jusqu’à la chute finale. Chacun détourne une nouvelle d’Arthur Conan Doyle, comme le laisse supposer le sous-titre de l’ouvrage, « Le Chien des d’Uberville » dont la référence se passe bien évidemment d’explication. Du reste des notes de fin oscillant entre humour et sérieux sont là pour rafraîchir la mémoire du lecteur ou approfondir la création de l’univers dans lequel évoluent les personnages

De fait Moriarty est truffé de références qui ne se limitent pas aux créations de Conan Doyle, - comme l’incontournable Irène Adler, - mais piochent largement dans la culture populaire et dans la culture victorienne. Ainsi les d’Uberville renvoie au roman victorien Tess d’Uberville de Thomas Hardy tout en en détournant le contenu. Le lecteur verra paraître de multiples personnages d’autres auteurs parfois à des années-lumières du genre du roman feuilleton policier. En effet si Théophraste Lupin est bien à sa place, que dire de Grabrielle von Hoffmanstal ou de la Castafiore et de son interprétation de l’air des bijoux ? Sans parler de la manière hilarante dont Moran rend compte de son écoute.

L’humour est la clé du livre. En complète opposition avec le sérieux et le sens de la dramatisation de John Watson, Moran est un conteur immoral, débarrassé de la pudibonderie victorienne et cynique qui n’hésite pas à montrer tout son manque d’humanité et sa perversion ainsi que ceux de son patron qu’il craint et déteste tout à la fois. Tout ne réside cependant pas dans les scènes surréalistes, mais repose aussi sur la symétrie parfaite entre Moriarty et Sherlock Holmes. Newman a fait de Moriarty un passionné qui élève des guêpes (Holmes a une passion pour l’apiculture), entretenant un mépris aussi grand pour Irène Adler que le respect entretenu par Holmes, et souvent plus intéressé par le caractère particulier d’une affaire que par le profit qu’il pourrait en retirer, un comble pour un criminel. Voilà donc un livre savoureux qu’on relirait avec plaisir ne serait-ce qu’à la manière d’un Astérix, pour y déceler les clins d’oeil !

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