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Colomb Pacha

samedi 6 juillet 2013, par Maestro

DESSIN : EMEM (1977-)

SCENARIO : Fred DUVAL (1965-), Jean-Pierre PECAU, Fred BLANCHARD (1966-)

Couleurs : Florent CALVEZ

France, 2013

Delcourt, coll. "Néopolis - série B", 66 p

Tout comme le tome 12, Le Lion d’Egypte, ce nouvel épisode uchronique prend place dans la période dite de l’émergence de la modernité européenne. Et dès la couverture, avec ces caravelles dont les voiles sont recouvertes d’inscriptions en arabe, on est sérieusement intrigué par ce qui a pu conduire notre Christophe Colomb dans cette situation. En fait, la victoire des souverains très catholiques n’a jamais eu lieu, les armées de la Reconquista ayant été repoussées par de nouvelles offensives musulmanes. Colomb, après avoir essuyé un refus de la part du roi de France, se tourne alors vers l’émirat de Cordoue. Il monte ainsi une expédition visant à trouver un accès plus rapide à Cathay en traversant l’Atlantique, avec le soutien de juifs. Arrivés plus au nord que dans notre trame historique, et directement sur le continent, Colomb et ses compagnons doivent très vite affronter des vikings, qui semblent implanter là depuis un certain temps : ils font pour l’occasion alliance avec des Amérindiens, tous ces éléments s’imposant comme autant d’appels à la compréhension de l’altérité et à l’acceptation d’autrui et de ses différences culturelles. Le dénouement de l’intrigue, riche en affrontements et scènes de combats, ressemble fort à une critique explicite de l’entreprise de Colomb, et plus largement à une dénonciation de la volonté d’expansion occidentale imprégnée d’une certaine dose de post-colonial studies, au-delà d’un clin d’œil à la recherche du mythique passage du nord-ouest.

Colomb Pacha souffre toutefois de quelques faiblesses historiques. Passons rapidement sur le fait que l’année de découverte de l’Amérique demeure exactement la même que dans notre temporalité, en dépit du contexte géopolitique alternatif, ou sur la facilité de la conversion de Colomb, qui aurait également pu se tourner vers d’autres souverains chrétiens (quid de l’Angleterre, par exemple ?). Passons également sur quelques erreurs, comme un Isidore de Séville placé 600 ans avant le Jésus dont il était sectateur, ou un esclave amérindien qui apprend le grec auprès des vikings… C’est surtout la rapidité du retournement de la trame historique, la dernière étape de la Reconquista se muant en une reprise des territoires chrétiens par les musulmans jusqu’aux Pyrénées via le djihad, qui ne manque pas d’étonner : sans doute eut-il mieux valu envisager un basculement plus précoce de l’affrontement, via peut-être le mysticisme de confréries soufies ou d’assassins chassés d’Alamut, le lien avec la problématique du Tancrède d’Ugo Bellagamba étant déjà sensible. Bon nombre d’autres aspects sont également traités de manière trop superficielle, des motivations musulmanes d’une expédition transatlantique (alors que les routes vers l’Asie demeurent sous leur contrôle) aux raisons exactes de la présence des vikings ou des Chinois, plus brièvement évoquée…

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