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GRAVITY

samedi 9 novembre 2013, par Maestro

Alfonso CUARON (1961-)

Etats-Unis, 2013

Alfonso Cuaron avait réussi à frapper les esprits avec un précédent film, le sombre et puissant Les Fils de l’homme, sorti en 2006. Cette fois, il nous invite à un voyage dans l’espace, pour un blockbuster malheureusement plus traditionnel (avec toutefois une surprise sur les acteurs du même type que celle de Les Fils de l’hommeLES FILS DE L’HOMME), mais qui a pu bénéficier de moyens pour le moins conséquents, une nouvelle œuvre coup de poing, finalement.

Le résultat est visuellement exceptionnel. Le spectateur est littéralement plongé dans la vie des astronautes, ressent au plus près les effets de l’apesanteur, de l’absence de repères fixes, du silence, parfois, et surtout de la fragilité de la vie. L’ouverture du métrage est à cet égard remarquable, avec cette vue de la Terre (un arrière-plan de luxe durant la totalité du film), la rigueur des tâches accomplies par les astronautes d’une mission chargée d’installer un nouveau télescope en orbite, et, contraste frappant avec la solennité du cadre, un George Clooney qui met sa musique à fond et blague avec l’équipe au sol. L’action se déroule dans un avenir éloignée tout au plus d’une décennie ou deux, une station spatiale chinoise étant en orbite (avec un clin d’œil au passage pour l’efficacité de leur technologie !). La destruction d’un satellite russe va alors faire basculer l’équipée dans l’horreur. La pluie de débris qu’elle provoque tourne autour de la Terre, générant des dégâts considérables à chaque passage. Matt (George Clooney) et Ryan (Sandra Bullock) se retrouvent ainsi seuls survivants, leur navette inutilisable, et ils doivent se débrouiller afin de parvenir jusqu’à la station spatiale internationale afin de s’y procurer un moyen pour revenir sur Terre. La forme est impressionnante, insistons encore sur ce point, car c’est l’une des grandes forces de Gravity : la destruction de la station spatiale internationale, littéralement dantesque, les effets de l’apesanteur en milieu fermé (joli image que ces larmes devenant des globes miroirs), ou les étoiles filantes visibles dans le final du film sont des moments qui resteront gravés pour longtemps sur les rétines des spectateurs. Le contraste n’en est que plus grand avec le fond.

Car Gravity, paradoxalement, demeure dans son scénario bien trop terre à terre (sic). Ryan souffre en effet de la perte de sa fille de quatre ans, dont elle n’a toujours pas su faire le deuil (le refuge qu’elle évoque, la fuite hors du travail en roulant d’une manière continue, est à cet égard une vision riche en symbolique). L’obligation dans laquelle elle se trouve de devoir sauver sa vie l’amène à réfléchir sur la valeur de celle-ci, et moyennant une sorte d’éveil spirituel, grâce à Matt, elle va prendre conscience qu’elle ne doit pas mourir, faisant tout son possible, y compris l’impossible, pour revenir sur Terre. On est là dans un message assez pesant, typique de bien des films étatsuniens, empreint de religiosité (les images religieuses qui jalonnent le film, Saint Christophe ou Bouddha ; la survie de l’âme de Sarah ; le merci final et la transposition du célèbre « lève-toi et marche ! »), avec une conclusion transparente : Ryan, d’abord écrasée par la pesanteur retrouvée, parvient à se remettre debout, ayant enfin accepté la disparition de sa fille, non sans avoir au préalable réussi à émerger de l’élément liquide, comme une nouvelle naissance. Ce parti-pris réaliste et sentimental rapproche Gravity davantage d’un film comme Apollo 13 que de 2001, l’odyssée de l’espace ou même d’un récit comme le poignant « Kaléidoscope » de Ray Bradbury. La dimension philosophique ou métaphysique qu’aurait pu inspirer le cadre spatial est donc laissée en friche, ne se laissant légèrement toucher du doigt qu’à de rares occasions fugitives. La plus belle est peut-être cette scène qui voit Ryan, une fois introduite dans la station spatiale internationale, se défaire de son scaphandre et se laisser aller en position fœtale, entouré par les câbles, tel l’embryon du futur humain de l’espace…

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