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Kraken

samedi 14 décembre 2013, par Maestro

China MIEVILLE (1972-)

Royaume-Uni, 2010, Kraken : An Anatomy

Fleuve noir, 564 p., 2013.

Devenu désormais une star de la science-fiction, China Miéville explore avec ce nouveau roman indépendant une problématique cousine de celle de The City & The City, ou de son roman pour la jeunesse, Lombres. C’est en effet la mégapole de Londres qui est au cœur de Kraken, ou plus exactement l’inconscient collectif de cette agglomération-monde.

Tout débute avec la disparition inexpliquée d’un spécimen unique de calmar géant conservé au musée d’histoire naturelle. Billy Harrow, qui a découvert le vol, se retrouve bien vite au cœur d’un écheveau d’intrigues et de rivalités, entre une brigade policière spécialisée dans les phénomènes paranormaux, une secte d’adorateurs du kraken, des gangs de malfrats plutôt décalés rivalisant dans l’underground, sans oublier les londremanciens, mages protecteurs de la ville. On repère même l’engagement militant de China Miéville, ancré à l’extrême gauche, à travers la lutte des classes entre les sorciers et leurs familiers, syndiqués et prêts à se lancer dans des grèves d’envergure.

Le fantastique urbain de China Miéville fait ici feu de tout bois, dans une veine autrement plus débridée et délirante que The City and The City. Se succèdent ainsi, outre les nombreux néologismes, des origamis humains, un chef de bande dont l’existence se réduit à un tatouage vivant sur le dos d’un pauvre individu captif, ou encore un personnage incarné dans de l’encre. Avec ce dernier exemple, on tient un des fils du roman, celui d’une réflexion sur la force de l’écriture, d’autant que China Miéville rend également hommage à l’univers de Lovecraft (les créatures céphalopodes, ou la brigade spéciale qui n’est pas sans évoquer celle du Nécroscope de Brian Lumley).

Le cœur de l’intrigue, qui éclate dans un dénouement opposant créationnisme et darwinisme, réside dans une illustration de l’envers de la modernité (le regain de religiosité en particulier, grossie ici dans les multiples peurs eschatologiques concurrentes), concrétisé par les ombres de Londres, sa part d’irrationnel, tant cette ville est une de celles qui incarne le mieux le basculement du XIXe siècle. On regrette toutefois que l’auteur n’ait pas intégré davantage d’éléments factuels précis relatifs à l’histoire de Londres, laissant au lecteur, une fois close cette intrigue rythmée et dynamique, une sensation d’inachevé.

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