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Les Enfermés

Lui clos

dimanche 22 janvier 2017, par von Bek

John SCALZI (1969-)

Etats-Unis, 2014, Lock In suivi de Unlocked, an Oral History of the Haden’s Syndrome

L’Atalante, 2016, 382 p.

Connu en France pour ses romans de space opera non dénués d’humour (cf. Redshirts parodie de Star Trek), John Scalzi aborde dans Les Enfermés de tous autres thème et genre : il n’est plus question de galaxie lointaine et de guerre interstellaire mais d’un polar dont le détective est d’un genre bien particulier : pas de cigarette à la lèvre, ni de trench coat façon Bogart, mais un cyborg animé à distance par l’esprit d’un malade prisonnier de son corps.

A dire vrai la situation de Chris Shane n’a rien de rare. Une grippe particulièrement contagieuse a contaminé 2,7 milliards de personnes, en tuant un peu plus de 5% de malades, mais ce n’en était que la première phase, même si ce fut la plus meurtrière. En effet, un malade sur 4 fut frappé par une seconde phase de la maladie qui ressemblait à une méningite. Finalement plus de 270 millions de personnes se retrouvèrent enfermés dans leurs propres corps, à l’image du syndrome d’enfermement. Parmi elles, la Première Dame des Etats-Unis, épouse du président Haden qui donna ainsi involontairement son nom à la maladie. Durement affecté, le président Haden lança le plus grand plan de recherche jamais réalisé, capable de faire passer le projet Manhattan ou même le plan Marshall pour une aumône. Si aucun remède n’en résulta, les projets aboutirent à la révélation qu’une fraction des rescapés étaient devenus capable d’accueillir l’esprit d’autres personnes et au développement de cyborgs reliés au paralysé par wifi et l’implantation de connexions neuronale. Intégrateurs et cispeos étaient nés et ils allaient permettre aux hadens de mener une vie physique mais aussi virtuelle.

C’est grâce à son cispeo que Chris Shane, fils d’un fameux basketteur reconverti dans l’immobilier et la politique, put devenir agent du FBI et se rendre sur les lieux de sa première enquête, un crime étrange où le principal suspect, un intégrateur, a un comportement pour le moins étrange et s’avère en relation avec un ponte de l’industrie qui a profité de la maladie Haden, mais aussi le frère d’une haden militant pour les droits civiques de ses semblables. A qui profite le crime ?

C’est le b a ba du polar. La question a du sens et n’importe quel amateur du genre ne manquera pas de se la poser en lisant Les Enfermés, à moins qu’il ne commence par chercher la femme ce qui ne le mènera pas bien loin. Pour le coup, la solution de l’énigme est aussi prévisible que la météo de la veille et je suis loin de partager l’avis de Jean-Paul Fontana dans l’Ecran fantastique, pour lequel c’est un très bon polar et un vrai.

Quoique porteur d’une leçon très classique sur le racisme, Les Enfermés brille surtout par sa créativité, par le questionnement social qu’il pose et par la vision du futur qu’il projette. Il aborde ainsi les dimensions juridiques sur un vaste échantillon allant de la citoyenneté à la criminalité en passant par le monde virtuel et ses potentialités. En fait c’est surtout la 2e partie du livre qui évoque sous forme de témoignages les événements ayant conduit au plan Hadden qui est intéressante, tant sur le plan éthique que sur le plan politique, car le plan Hadden se réalise grâce à un financement du secteur privé par le secteur publique, ce qui, tout en étant très keynésien, n’est pas sans rappeler les folles dépenses budgétaires militaires des années Reagan...

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