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La Brigade de l’oeil

iconoclasme

samedi 15 février 2014, par Maestro

Guillaume GUERAUD (1972-)

France, 2007

La Brigade de l’œil n’est pas le premier roman de Guillaume Guéraud, mais celui avec lequel les amateurs de science-fiction l’ont découvert, ce qui relativise d’autant la quatrième de couverture évoquant « (…) l’un des auteurs les plus stimulants et dérangeants de sa génération » (sic). Paru à l’origine dans une collection pour adolescents, le livre use d’une violence étonnante pour ce type de public, crue et détaillée. C’est sans doute la cible visée qui justifie une intrigue déroulée de manière bien linéaire, un style fait de phrases courtes ou abusant des « et » (sans doute pour accentuer la sensation d’action), et la présence d’une romance pour le coup très sage.

Les chapitres alternent entre deux visions antagonistes de l’action : celle de Kao, jeune de quinze ans dont l’engagement en résistance va en s’approfondissant, et celle de Falk, policier d’élite en proie à un passé qui le hante. L’action se déroule dans un pays indéterminé, que l’on suppose être le Japon, au milieu du XXIe siècle. Suite à une révolution, l’impératrice a pris le pouvoir, et a lancé la chasse aux images de toutes sortes, animées ou non, accusées de générer tous les maux. La Brigade de l’œil est l’unité policière chargée de cette tâche, en brûlant non seulement les objets interdits, mais également les prunelles des contrevenants… Kao, petit-fils d’un des derniers projectionnistes, se fait un malin plaisir de contourner la loi Bradbury, en vendant sous le manteau des images proscrites. Tout bascule le jour où il fait la rencontre, à l’occasion d’une descente, de la ravissante Emma, puis lorsqu’un de ses clients lui apprend qu’il vient de découvrir un dépôt de pellicules de cinéma encore préservé, peut-être le mythique Diaphragme… Parallèlement, Falk s’efforce de poursuivre l’éradication des icônes et de leurs sectateurs, comme si en consumant par les flammes objets et rétines, il pouvait éradiquer ce passé au cours duquel il a dû subir séparation d’avec sa femme puis mort de celle-ci au cours d’un attentat. La Roche tarpéienne étant proche du Capitole, c’est lorsqu’il devient familier de l’impératrice en personne et qu’il est sur le point de démanteler la résistance que Falk risque de voir dévoiler son addiction à l’opium…

Le problème de La Brigade de l’œil tient à la fois dans le poids trop grand de ses références et dans ses silences qui sont autant d’incohérences. Guillaume Guéraud a voulu broder sur le thème des dystopies, mais il demeure par trop prisonnier de Farenheit 451 de Ray Bradbury, et probablement du film de Kurt Wimmer, Equilibrium, où les œuvres d’art étaient également détruites par le feu. Son éloge de la liberté, de la création artistique et sa critique des dictatures totalitaires sont également amoindris par un défaut certain de crédibilité. A aucun moment, en effet, on ne nous explique le processus ayant pu conduire, dans un pays parmi les plus développés, à un tel renversement des valeurs, proscrivant ce qui règne désormais en maître dans nos sociétés contemporaines, l’image. Le choix de ce dernier média est d’ailleurs discutable, non seulement en raison de l’existence d’internet, mais également du fait qu’à la différence des livres, l’image est partout, facilement reproductible, et on peine à croire à la possibilité d’une société sans AUCUNE image. La Brigade de l’œil reste donc à la surface de son sujet, surfant sur une thématique déjà brillamment explorée par le passé, procurant un plaisir de lecture réel mais ne résistant pas à une analyse sérieuse.

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