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Boire la tasse

samedi 8 février 2014, par Maestro

Christophe LANGLOIS (1973-)

France, 2011

L’Arbre Vengeur, 208 p.

Boire la tasse a obtenu le grand prix de l’imaginaire dans la catégorie nouvelle francophone, le recueil en contenant pas moins de quinze. Quinze courts récits, qui sont autant d’images fortes, laissant une impression rétinienne marquée sans se laisser aller au choix d’explications techniques détaillées sur les inventions présentées.

Dans « L’Envers des corps », c’est à une nouvelle mode que nous sommes confrontés, visant à exposer au regard d’autrui une partie de son anatomie interne, transparente métaphore de la tendance de nos sociétés contemporaines et connectées au voyeurisme. Il en est de même avec le fantastique « Coup d’œil », éclairage sur la carrière d’un photographe qui a toujours su se trouver là où la mort frappait, troublante coïncidence que sa femme finit par élucider. De même, « Sensation », bien qu’un brin acritique sur les nanotechnologies, met en scène des vêtements high tech, parfaits reflets des émotions ressenties en son for intérieur, l’occasion de quelques descriptions pleines de poésie. « Coupe sombre » et « Meilleurs vieux », qui mettent également en scène des tendances de nos sociétés en les exacerbant, souffrent par contre d’une certaine tendance à la caricature : le premier avec son idée d’une égalité des chances obtenue par le biais médical, le second avec ses personnes âgées omniprésentes et comme confites dans le conservatisme.

Si « Hitler en Laguna » est en apparence plus fantasque, cette évocation de la folie d’un homme nous interpelle aussi sur la banalité du mal, sur tous ces Hitler potentiels qui marchent à nos côtés… « Les Boutons » en est le frère siamois, la figure de cet aliéné qui n’en est finalement plus un ne pouvant qu’interpeler, dans sa dénonciation d’une humanité qui s’en remet toujours plus à ses artéfacts. « La Visite » est plus effrayant, mais trop laconique, cette excursion dans un monastère secret valant plus dans ses promesses d’un Borges de l’obscur. Borges est également l’ombre qui plane au-dessus du « Le Temple d’eau », où la recherche d’un inédit de Sophocle par un érudit antique débouche sur la découverte d’une bibliothèque offrant une véritable immersion au cœur des œuvres du patrimoine littéraire universel ; ombre surplombant également « L’Intégralité », toute entière bâtie sur la volonté d’embrasser l’histoire non comme le refuge des morts, mais comme le triomphe des vivants. Sur un thème proche, « Chair d’Histoire » se révèle trop réactionnaire au sens premier du terme, trop réaliste, peut-être.

Christophe Langlois est également un amoureux de la phrase ciselée, un esthète de cette écriture qui nécessite d’être relue plusieurs fois pour bien se pénétrer de son sens et de ses saveurs. « La Parole est à la poussière » en est la parfaite illustration, ou comment d’un rien créer un tout. Il en est de même avec « Le Grand Silence », fine évocation de notre temps de l’ultra-communication, qui a pris comme devise « je m’exprime donc je suis ». L’humour fait enfin son apparition avec « Le bon Pasteur », ou comment une Eglise catholique en perte de vitesse et d’effectifs trouve refuge dans le nec plus ultra de la technologie virtuelle, un Jésus plus vrai que nature, qui est avant tout dérision de la mythologie religieuse. « Qui l’eût cru ? », dont le personnage central est aussi un prêtre, est plus anecdotique, avec sa défense d’une nourriture n’ayant subi aucune altération humaine, en laquelle on peut voir un clin d’œil malicieux adressé aux végétariens ou à certains écologistes intégristes.

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