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Rock Machine

Hard as a cock

samedi 26 avril 2014, par von Bek

Norman SPINRAD (1940-)

Etats-Unis, 1987, Little Heroes

Je ne voulais pas rester sur le sentiment mitigé suscité par la lecture de Jack Barron. Par sa thématique musicale et son caractère dystopique dont je pouvais juger par son 4e de couverture, Rock Machine m’en semblait le prolongement logique. Et puis je suis toujours à la recherche d’un ersatz des dystopies de Brunner (Le Troupeau aveugle, l’Orbite déchiquetée) qui puissent ressusciter ne serait-ce que l’embryon du plaisir que j’avais eu à les lire.

Ça commençait bien : le futur de Rock Machine s’inscrit dans une économie dominée par le capitalisme des grandes entreprises toujours à la recherche du profit par l’innovation d’un produit ou d’un mode de production. Sur la côte Ouest, c’est le premier qu’en dépit de toute sa détestation de l’industrie de la musique, Glorianna O’Toole, la mamie du rock en laquelle j’ai cru voir une Tina Turner caucasienne, est chargée non pas de dénicher mais de créer par la société Muzik sous forme d’un P.A.. personnage artificiel, qui ont remplacé les chanteurs. Pour ce faire, elle est assistée d’un petit génie de la programmation et de l’imagerie numérique et d’une virtuose de l’harmoniseur, aussi doués tous les deux que riches en frustrations sexuelles.

Sur la côte Est, Paco Monaco, porto désœvré et truand à ses heures perdues qui le sont toutes d’ailleurs, et Karen Gold, jeune femme issue d’une classe moyenne déchue, sont quelque part tous les deux victimes du deuxième, de l’automatisation informatique de la production, source de gain de productivité. Leur rencontre et la découverte du Front de Libération de la Réalité les entraînent dans un trafic de la dernière drogue électronique en vogue, business dont il feront une révolution.

Car cette drogue est au cœur du roman de Spinrad. Sans elle, les musiciens n’aura pas donné naissance aux P.A. et, sans elle, Paco et Karen n’auraient pas fait connaissance. Entre les deux côtes se crée un jeu d’action/réaction supposé traduire la montée crescendo vers un final bordélique dans lequel se rejoignent les personnages. Du coup Rock Machine s’inscrit dans la répétition et donc dans la lassitude qu’illustre la multiplication des scènes de danse dans les boîtes de nuit new-yorkaises, ayant toute un effet érectile sur Paco, le seul à être émoustillé à la longue.

Pourtant j’avais commencé par trouver Rock machine intéressant. Sans perdre de vue les grands traits culturels de la rébellion des années 60 - la drogue, le sexe et la musique -, Norman Spinrad avait réussi à les arracher à leur contexte - ce à quoi il avait échoué dans Jack Barron - pour les confronter au fléau intemporel du capitalisme déshumanisé, assurant ainsi à son roman un meilleur vieillissement. D’autant plus en ajoutant une bonne dose d’électronique et de réalité virtuelle : il inscrivait son roman dans le jeune courant cyberpunk et faisait preuve de prémonition technologique.

Cela ne suffit malheureusement pas et je vais garder de Rock Machine l’image d’un phallus dressé sur un air de musique que les mots ne parviennent pas à faire traduire en son par l’imagination, surtout sur des paroles en français qui ne dégagent que davantage le ridicule de la variété musicale et certainement pas le côté rebelle du rock.

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