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Le Bateau fabuleux

samedi 10 mai 2014, par Maestro

Philip José FARMER (1918-2009)

Etats-Unis, 1971, The Fabulous Riverboat

Deuxième épisode du cycle du Fleuve de l’éternité, Le Bateau fabuleux est pour l’essentiel une variation sur le même thème. Ce sont en effet les personnages qui changent. Le protagoniste central est cette fois Samuel Clemens, mieux connu sous son pseudonyme de Mark Twain. Philip José Farmer ayant particulièrement bien travaillé la biographie de ses héros, on retrouve le sens de l’humour délicieusement acide de Twain, tout comme les marques profondes de sa vie tragique (la mort de ses enfants) ou la tension permanente entre audace et couardise. Il porte ici un projet fou : édifier un immense navire à aubes capable de remonter à la source du fleuve afin d’élucider les mystères de cette résurrection collective de l’humanité. Tout comme dans Le Monde du fleuve, on retrouve ainsi une finalité identique à celle de Richard Burton, et même le Mystérieux Inconnu, Ethique traitre à ses semblables, dont on ignore toujours les motivations profondes.

Pour mener à bien son entreprise, Mark Twain bénéficie de l’aide de Joe Miller, un titanthrope, impasse de l’évolution mais extrêmement imposant de par sa carrure de géant (il est dans le même temps pourvu de pieds plats et d’un zézaiement), Lothar Von Richtoffen, frère du célèbre baron rouge, Odysseus, pendant historique de l’Ulysse légendaire (Farmer se situant ici dans la lignée de Victor Bérard, qui s’est efforcé de déchiffrer le réel déformé par le mythe), ainsi que Cyrano de Bergerac (le personnage historique, bien sûr, mais que Farmer affuble malgré tout d’un appendice nasal proéminent). Ce dernier sort d’ailleurs avec l’ancienne femme de Mark Twain. Tous participent à l’édification de cet improbable navire, grâce à l’exploitation de gisements métallifères très rares sur ce monde, et reproduisent à leur échelle une simili révolution industrielle. Mais la galerie de personnages est bien plus garnie, puisqu’on retrouve entre autres un Goering ayant expié ses péchés et devenu apôtre de l’Eglise de la Seconde Chance, ou un Jean sans Terre égal à lui-même dans son association fragile avec Twain.

La vision de l’histoire de Farmer est marqué au sceau d’un profond pessimisme : en dépit du fait que leurs besoins fondamentaux soient pour l’essentiel satisfaits, les êtres humains de toutes les époques continuent à se battre pour le pouvoir, afin d’exploiter leurs semblables, et ce en dépit de la vanité et de la vacuité de nouveaux territoires antagonistes. Même le Parolando de Twain et Jean sans Terre, qui pratique l’esperanto et possède une constitution extrêmement démocratique, cède à la realpolitik en usant de manipulations diplomatiques et de guerres avec ses voisins. On trouve même un écho appuyé de la situation contemporaine avec les efforts de Hacking, dirigeant d’un de ces territoires bordant le fleuve, pour créer une nation totalement noire, en réaction au racisme des blancs… Philip José Farmer peut, avec ce roman, être rapproché d’un Brian Lumley : tout comme ce dernier, son talent d’écrivain est incontestable, capable de nous emporter -les scènes de combat sont tout particulièrement dynamiques et convaincantes- sans pour autant nous apporter à tous les coups de révélations fracassantes…

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