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Le Noir dessein

samedi 7 juin 2014, par Maestro

Philip Jose FARMER (1918-2009)

Etats-Unis, 1977, The Dark Design

Ce troisième volet, qui va de pair avec le quatrième, les deux ayant été écrits sous forme d’un bloc ultérieurement divisé en deux pour l’édition, donne l’impression d’un nouveau départ pour la saga du Fleuve de l’éternité. Tous les éléments constitutifs de la série y sont en effet largement récapitulés pour les impétrants éventuels, et les révélations qui surviennent au mitan du volume (sur l’entourage de Burton ou sur la fameuse expédition vers la tour polaire), concomitamment à l’accélération de l’action, remettent en question bien des certitudes apparentes des deux premiers épisodes ; d’autant que désormais, la mort dans le monde du fleuve est définitive, et ce pour une raison inconnue.

Mark Twain et son navire ne jouent ici qu’un rôle secondaire, et Farmer se recentre en réalité sur Burton et son groupe : Alice, Monat l’extra-terrestre, Kazz le néandertalien et Frigate l’alter-égo de l’auteur (qui se lance d’ailleurs à un moment dans la délicate tentative d’expliquer la science-fiction à Burton, mise en abyme supplémentaire [1]) en sont les principales figures. Tous poursuivent leur exploration du géant aquatique, jusqu’à tenter de s’intégrer à l’équipage du roi Jean. Mais Farmer introduit également de nouveaux personnages, en suivant deux trames distinctes. La première est centrée sur Frigate, au moyen d’un retour en arrière, qui nous permet de découvrir le vrai Frigate, recruté par un Jack London et un Tom Mix (star du western étatsunien de la première moitié du XXe siècle) souhaitant rester anonymes ; cette équipe va se distinguer en montant à bord d’un ballon inspiré du roman de Jules Verne Cinq semaines en ballon. Restés derrière Mark Twain et ses compagnons de navigation, les habitants du Parolando se sont quant à eux lancés dans l’édification d’un gigantesque dirigeable, motivant l’arrivée dans le territoire de Jill Gulbirra, une aéronaute expérimentée de la fin du XXe siècle (les ballons ayant alors fait un grand retour comme moyen de transport écologique), habitée par ses démons et incarnation du féminisme militant de l’époque de rédaction du roman.

L’autre intérêt du Noir dessein, plus sans doute que les rares révélations distillées, réside dans les nombreux jeux de miroirs, retournements et rebondissements [2], ainsi que dans la galerie de personnages. Farmer a en effet l’intelligence de ne pas mettre à profit beaucoup de célébrités incontestées, mais plutôt des personnalités de second plan, qui permettent de se replonger dans l’atmosphère d’une époque. Cela donne l’occasion de questionnements philosophiques, autour de la fameuse réponse, matérialiste ou idéaliste, à l’énigme de la mort (Philip José Farmer semblant d’ailleurs sensible aux spiritualités orientales, soufisme ou hindouisme en particulier).


[1« Je sais que tout cela doit te paraître complètement paranoïaque. On dirait un récit issu de l’imagination fertile d’un auteur de science-fiction. Mais ils étaient presque tous plus ou moins paranoïaques aussi, pour commencer. », dixit Frigate au sujet de ses aventures, p.311.

[2« Partout, traîtrises, frustrations, incertitudes, perfidies, tromperies et confusions semblaient prêtes à exploser sous ses pas. », p.472.

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