Accueil > TGBSF > R- > Le Rêve de l’exilé. Dimension Alain Le Bussy

Le Rêve de l’exilé. Dimension Alain Le Bussy

samedi 7 juin 2014, par Maestro

Alain LE BUSSY (1947-2010)

Belgique, 1966-1991

Black Coat Press, coll. "Rivière Blanche", 2014, 360 p.

ISBN : 978-1-61227-278-8

Alain le Bussy était une figure majeure de la science-fiction belge, en tant que critique mais également en tant qu’auteur. Pour lui rendre hommage, Marc Bailly a entrepris de rassembler ses différents textes de fiction, en commençant par la période 1966-1991, précédant donc le moment où il devint écrivain professionnel. Pas moins de vingt-quatre nouvelles sont au programme, complétées par une préface de Dominique Warfa et quelques hommages conclusifs. Si Alain le Bussy ne se distingue pas prioritairement par l’originalité profonde de ses récits, il soigne spécialement l’immersion du lecteur, par des descriptions et une narration approfondies, et des chutes souvent frappantes. Plusieurs de ces textes évoquent d’ailleurs les scénarios des épisodes de Twilight Zone (La Quatrième dimension en français).

«  Les maudits » est ainsi une sympathique variation sur le thème des vampires, tandis que « Condamnation » décline le thème du dernier homme sur Terre. « Le sculpeintre  » tombe par contre un peu à plat : certes, l’idée de cet homme se retrouvant dans un avenir lointain et ralenti est intéressante, mais on devine trop longtemps à l’avance le dénouement probable, tandis que la forme d’art imaginé manque quelque peu d’ambition. De même, «  L’homme qui a perdu son âme » demeure trop allusif, tout comme « L’amnésique », qui véhicule pourtant une mélancolie attachante. « Voir le voyeur » est un texte humoristique léger et vite oublié, qui évoque en partie Martiens, Go Home. « Le marionnettiste » n’apporte malheureusement rien au sujet de la poupée tueuse. Quant au « Bon vieux temps », c’est une défense d’une certaine nostalgie comme espoir de vivre, mais qui demeure un peu courte. « La cité des tours mélancoliques » semble tout droit sorti de la science-fiction étatsunienne des années 30 ou 40, avec son récit d’un astronaute ayant vieilli trop vite suite à l’exploration d’une mystérieuse cité, sorte de réactualisation science-fictive d’un thème fantastique.

Sur le mode space opera, « Le silence de l’espace » est certainement une des pépites du recueil. La narration change d’abord de la première personne le plus souvent adoptée, mais c’est surtout l’espèce imaginée qui suscite l’intérêt. Il s’agit en effet d’êtres télépathes, connectés aux autres en permanence, dont l’isolement de l’ensemble du leur espèce une fois partis dans l’espace conduit à la tragédie. Ou comment l’individualisme pourrait être la clef de la conquête de l’univers… à condition de ne pas avoir à affronter les gardiens de « La sortie n’est pas au fond de l’espace ». Cette nouvelle présente la particularité d’afficher deux (voire trois) fins alternatives. On préfèrera d’ailleurs la première à la dernière, trop légère et ironique. Elle partage avec « Et les vagues, inlassables  » une identique thématique religieuse, puisque celle-ci nous montre un créateur impuissant face à sa création, illustration de la vanité du contrôle démiurgique, quel qu’il soit. «  Le jardinier de l’Eden » se rattache également à ce sous-ensemble, avec son personnage christique recherché par les autorités, tout comme « Sans demander son reste  », variation sur le thème du pacte avec le démon au grand guignol cocasse.

On trouve également des paraboles sur la nature humaine, assez fatalistes et pacifistes, des « Dialogues », aussi brefs qu’incisifs, à « La guerre et la paix », le tout étant vertébré par un humour corrosif. Un des textes les plus marquants dans ce registre est « A perpétuité », daté de 1972, mais qui a nécessairement fait l’objet d’une réécriture au moins partielle avant sa publication en 1988, car il fait clairement référence à une épidémie majeure des années 80, traitée sous un angle particulièrement sombre, celui de l’exclusion radicale. « Un don inné », toute première nouvelle d’Alain le Bussy à avoir été publiée, s’inscrit dans ces évocations d’extra-terrestres échoués sur Terre sans espoir de retour, le protagoniste ayant réussi à se reconvertir dans le spectacle. Ce lien entre science-fiction et histoire réelle, on le retrouve d’ailleurs dans le récit éponyme, qui évoque également certaines théories d’histoire mystérieuse, en proposant une hypothèse sur l’origine de Stonehenge. «  Message reçu, envoyé » est plus curieux, le long tableau d’une dystopie typiquement terrienne étant finalement relié aux efforts d’une entité extra-terrestre pour survivre, une idée singulière mais qui manque d’explicitations rationnelles.

Alain le Bussy parvient en tout cas à toucher le lecteur, et cette sensibilité, cette empathie pour son personnage principal, est aussi ce qui fait la force de « Lou », histoire d’amour impossible entre un humain et un être issu d’une société matriarcale ; emplie de sobriété, voilà une nouvelle qui touche juste, et résonne directement au cœur. « La croisière des souvenirs  » est juste un cran en-dessous, mélancolique évocation d’un procédé technologique permettant de survivre artificiellement au-delà de la mort, pourtant « peut mourir même la mort »… « Fixation » explore des contrées qui se rapprochent davantage des univers en faux semblants de Dick, sous un angle également abordé par Philippe Curval, celui de la photographie (dans « La dernière photo de Laure Lye », Debout les morts le train fantôme entre en gare, et « Un voyage objectif », Habite-t-on réellement quelque part ?) ; seule la fin expéditive et légèrement naïve est discutable. Moins forte, plus adapté à un public jeune, « Le lapin des dunes  » décrit la complicité entre une enfant et un représentant d’une race extra-terrestre oublié, communiquant par l’affection.


Pour commander Le Rêve de l’exilé suivez le lien vers les éditions Black Coat Press !

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?