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L’Etoile blanche

samedi 16 août 2014, par Maestro

DESSIN : Damien (1970-)

SCENARIO : Fred DUVAL (1965-), Jean-Pierre PECAU, Fred BLANCHARD (1966-)

COULEUR : Jean-Paul FERNANDEZ

France, 2014.

Delcourt, coll. "Néopolis - série B", 58 p

La série uchronique Jour J serait-elle en train de connaître une réorientation ? Ce nouveau tome succède en effet au précédent après une durée plus longue qu’à l’accoutumée, et L’Empire des steppes, initialement prévu pour être le tome 15, puis 16, est désormais repoussé sine die. A la place, nous découvrons donc L’Etoile blanche, un album singulier à bien des égards. Le point de divergence se situe certes sur un événement hautement symbolique, le naufrage du Titanic en 1912. Mais le cours apparent de l’histoire du monde n’en est pas pour autant troublé, la Première Guerre mondiale ayant lieu de la même manière que dans notre continuum. Qui plus est, c’est une minuscule action individuelle qui a évité le drame : Maxime Waterson, un jeune anglais de milieu aisé, qui passait du temps sur le pont afin d’observer les étoiles, repère avec sa lunette l’iceberg tragique suffisamment tôt pour que le navire dévie de sa route.

Mais comme une déclinaison de l’effet papillon, cette vie préservée va avoir un impact sur le destin du monde tout entier. Waterson parvient en effet d’abord à empêcher l’essor du trafic d’alcool lié à la prohibition en dénichant un scoop photographique, puis, reprend les rênes de l’empire de presse que lui a légué William Thomas Stead, patron du New York Star lui aussi préservé du naufrage du Titanic. Les choses s’accélèrent avec le déclenchement de la crise économique en 1931 (dont on ignore la raison du décalage par rapport à 1929), puis la venue d’Hitler aux Etats-Unis (un voyage que l’on a d’ailleurs du mal à s’expliquer), puisque empruntant le Titanic pour le trajet, il meurt durant son naufrage, finalement seulement retardé de vingt-cinq ans, tout comme Albert Einstein, également à bord. La Seconde Guerre mondiale est donc évitée, l’énergie nucléaire délaissée, et Waterson peut mettre en branle son grand projet : faire le bonheur du monde, y compris malgré lui. Ce bonheur, à ses yeux, se réduit à une prospérité matérielle élémentaire, et son utopie généreuse (un rien naïve, au demeurant, qui semble passer un peu vite sur les rivalités impérialistes et les enjeux de la puissance étatsunienne) se transforme peu à peu en véritable dystopie, le pourrissement de son idéal s’insinuant même au cœur de sa famille, littéralement écartelée.

Si le choix narratif, celui de l’influence d’un ou de quelques individus seulement sur la conduite de l’humanité, peut laisser au moins en partie dubitatif, on appréciera davantage la fragilité de ce projet initialement généreux, que l’on peut lire comme une critique larvée de la volonté des pays dominants d’orienter le cours des choses (énergies propres, abandon de la nourriture carnée… autant d’hypothèses qui entrent en résonnance avec une des voies possibles de l’humanité confrontée aux enjeux du réchauffement climatique). Le projet de Waterson s’accompagne surtout d’une multiplication des révoltes, des luttes armées, de désirs d’indépendance et de liberté portés à l’incandescence, suscitant en retour l’autoritarisme accru des gouvernements, au point que l’on en vient à se demander si cette trame historique est finalement plus souhaitable que la nôtre…

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