Accueil > TGBSF > P- > La Promesse du sang

La Promesse du sang

Les Poudremages - 1

samedi 27 septembre 2014, par von Bek

Brian McCLELLAN

Etats-Unis, 2013, Promise of Blood

Panini Books, Eclipse, 2014, 632 p.

Je ne sais plus quel commentaire élogieux m’a mis La Promesse de sang entre les mains (via un bibliothécaire). Au dos du livre, les éloges se poursuivent, selon la mauvaise habitude des éditeurs : Brandon Sanderson - ce n’est quand même pas n’importe qui - qualifie le roman de « juste génial » et prétend s’être éclaté à le lire. La barre était fixée très haute. J’ai dû passer dessous sans m’en rendre compte.

Pour sauver le petit royaume d’Adro de la famine et empêcher la soumission par un traité inégal au royaume voisin des Kezs, ses ennemis abhorrés, le maréchal et poudremage Tamas renverse la monarchie par un coup d’État. Il n’est pas seul dans l’aventure : cinq autres éminences l’accompagnent, respectivement le chef de l’Eglise officielle de Krésimir, le vice-chancelier de l’Université, le préfet des comptes, le responsable syndical et le chef de la pègre. Dans les jours qui suivent le roi, la reine et une cohorte de nobles sont guillotinés.

Seule anicroche de l’opération à première vue, une magicienne échappe au massacre de la cabale royale en tuant quelques poudremages au passage, mais l’allusion à la promesse rompue de Krésimir proférée par tous les magiciens agonisants inquiète Tamas qui charge l’ancien inspecteur Adamat de l’enquête tandis qu’il lance son fils Taniel, assisté d’une Privilégiée et d’un Brisemage, aux trousses de la fugitive laquelle se révèle d’une puissance hors-norme.

Très rapidement les choses se gâtent - si ce n’était pas déjà fait -, quelques royalistes restants se révoltent, les Kezs déclarent la guerre, par la faute de Tamas il faut bien le dire, et il s’avère y avoir un traître parmi les conjurés, à charge pour Adamat de l’identifier. Pour couronner le tout, débarque un cuisinier.

Je ne peux pas reprocher à Brian McClellan de manquer d’originalité. D’une part les romans de Fantasy où cohabitent la magie et la poudre à canon ne sont pas légions ou du moins ne constituent pas le gros du genre. Dans La Promesse du sang, il y a aussi la vapeur, ce qui est encore plus rare, même si elle n’occupe pas de place dans l’intrigue. L’auteur a été très marqué par Dumas et Hugo auxquels il rend un vibrant hommage, ce qui explique le choix de mettre en scène une civilisation à l’industrialisation naissante. Concernant la magie, il a poussé jusqu’à en mettre en opposition deux formes différentes : l’une, plus traditionnelle dirais-je, l’autre liée à l’absorption de poudre noire par les magiciens ce qui leur donne la capacité de contrôler les propriétés de la poudre et de ses projectiles d’où le nom de poudremage. L’auteur a imaginé toute une hiérarchie et une mythologie de la magie dans son monde avec des factions de magiciens. Bien sûr certains tenants de la première magie méprisent les poudremages au point de vouloir leur éradication. Le tout occupe donc une place non négligeable dans l’intrigue et fait partie des points forts du roman.

D’autre part les romans de Fantasy dont le ressort repose sur une intrigue politique ne courent pas non plus les rues quoiqu’ils deviennent plus fréquents ces derniers temps (cf. les romans de Joe Abercrombie ou La Voie de la colère). Sans vouloir déflorer la série, précisons tout de suite que l’histoire ne se cantonne pas à cela, car s’y ajoute une forte dose de religion. Disons que Tamas a tué un roi de droit divin et que ce droit tient à se faire respecter. C’est dans ces deux aspects que commencent les défauts du livre.

Passons sur la contradiction géographique entre la carte - il y en a même plusieurs - et le propos du récit. La carte vous montre un pays enclavé entouré de montagne avec une mer intérieure. Le propos vous parle de navires venant de l’étranger par la mer (p.247 par exemple). Pourquoi les Kezs s’embêtent à assiéger un défilé, nous rejouant le pas de Suse ou la Valteline, s’ils peuvent débarquer en force ?

S’il a beaucoup de bonnes idées, Brian McClellan a du mal à les mettre en application. La première enquête d’Adamat se dénoue avec une facilité déconcertante alors que quelqu’un avait multiplié les efforts pour que le secret reste préservé. La deuxième tient de la guignolade : il débarque chez les suspects et leur demande droit dans les yeux si ce sont eux les traîtres. Il faudrait que l’auteur revoit les méthodes d’interrogatoires. Ensuite, les changements de direction des personnages sont un peu trop brutaux pour paraître subtils. Il en va ainsi de Rozalia ou du brigadier Byze. Brian McClellan semble avoir eu trop d’idées et avoir voulu les utiliser toutes plutôt que de bien en exploiter une ou deux. Une erreur de débutant sans doute.

Enfin, le récit se traîne sur les deux tiers du livre avec des non-événements pour s’accélérer ensuite dans le dernier tiers. A temps peut-être pour donner envie de lire la suite, mais pas de l’acheter.

Un message, un commentaire ?

Forum sur abonnement

Pour participer à ce forum, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions'inscriremot de passe oublié ?