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Napoléon Washington

samedi 22 novembre 2014, par Maestro

DESSIN : Mr FAB (1975-)

SCENARIO : Fred DUVAL (1965-), Jean-Pierre PECAU, Fred BLANCHARD (1966-)

COULEUR : Jean-Paul FERNANDEZ

France, 2014.

Delcourt, coll. "Néopolis - série B", 58 p

Dans la série des Jour J, deux tomes avaient déjà abordé en partie la période de la Révolution et le personnage de Napoléon, le 11 (La nuit des Tuileries) et le 7 (Vive l’empereur !). Mais cette fois, Bonaparte est bien directement au cœur de l’intrigue, qui plus est à travers un traitement particulièrement original, qui tranche avec les habituelles uchronies rêvant à un Napoléon plus victorieux qu’il ne le fut.

Le point de divergence semble remonter à la révolte corse de la fin des années 1760, menée par Pascal Paoli. Dans cette trame parallèle, la révolte anti-française a été victorieuse, mais en conduisant à une nouvelle vassalité de l’île au profit de l’Angleterre. C’est cette trahison qui pousse le père de Napoléon Bonaparte à assassiner Paoli, et à prendre en conséquence la fuite avec sa famille dans le nouveau monde. Installé dans les colonies anglaises d’Amérique du nord (qui ne sont pourtant pas le lieu le plus sûr pour lui, en raison de leur dépendance vis-à-vis de la mère patrie), il prend part à la guerre d’indépendance, sauvant même la vie de George Washington lors de la traversée du Delaware. En remerciement, le général américain décide d’adopter le fils Bonaparte, qui suit dès lors une belle carrière militaire. Mais lorsque ce dernier décide d’étendre le territoire des jeunes Etats-Unis d’abord en conquérant le Canada britannique, puis en portant secours aux indépendantistes mexicains, visiblement minoritaires, la rupture intervient avec son père adoptif, aux objectifs plus mesurés.

L’album commence justement avec la victoire remportée par Napoléon Washington à Vera Cruz, qui semble ouvrir la voie vers la conquête du Mexique, une simple étape pour le général, qui songe à rien moins qu’à la libération de l’ensemble du continent, de l’Alaska à la Terre de feu… Mais il va rapidement être victime de deux écueils, l’absence de soutien du Congrès d’une part, les illusions nourries par la généreuse (charnellement parlant) Isabella d’autre part. Cette Indienne d’origine maya lui fait miroiter les colossales richesses de l’Eldorado ainsi qu’une possible armée indienne susceptible de se mettre à son service. Les échecs militaires suivent de manière implacable, jusqu’à ce que l’armée napoléonienne finisse dans la jungle du Yucatan, décimée par les maladies et l’acharnement de son chef, tombé dans la folie.

On reconnaît là certains des épisodes connus de la geste napoléonienne historiquement authentique, le désir d’expansion des idées révolutionnaires motivant des conquêtes extérieures, le génie militaire et le dévouement de ses hommes, la fascination pour l’Orient et ses mirages (les pyramides mayas se substituant aux pyramides égyptiennes), la retraite de la Bérézina (à travers les marécages de Vera Cruz et la Sierra Madre) et l’exil, ici hors de la raison. Si l’originalité du traitement est appréciable, d’autant qu’elle est émaillée de quelques répliques savoureuses («  La liberté ou la mort… c’est complètement con cette devise ! », p.33) et ouvre sur une évolution singulière (la conquête des Etats-Unis par le Mexique ?), il est dommage que rien ne soit dit du déroulement de cette Révolution française supposément alternative ; surtout, on peut trouver discutable l’idée selon laquelle un individu, quel que soit le contexte géographique où il évolue, suivrait une sorte de « destinée manifeste », une fatalité qui, certes, transplantée en terre américaine, est fauchée plus rapidement qu’en Europe.

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