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L’Ouvreur des chemins

Quan Tika 2

samedi 27 septembre 2014, par Maestro

Laurence SUHNER

Suisse, 2013

L’Atalante, coll. "La Dentelle du cygne", 464 p.

Vestiges nous avait permis de découvrir l’univers de space opera de Laurence Suhner, un univers à la fois classique et indéniablement original. Après le temps des présentations, voici donc celui de l’action, avant les probables révélations du dernier volet de la trilogie, Origines. Nous retrouvons donc les différents groupes de protagonistes s’efforçant de gérer la catastrophe survenue dans le Bunker, le cœur des vestiges extra-terrestres découverts sous la surface de la planète Gemma.

Les deux humains qui avaient cédé aux sirènes de l’Entité mystérieuse pour qui ce temple semblait avoir été construit, Ioun-ké-da, suivent deux voies bien distinctes. Tranktak, qui a accepté de signer un véritable pacte faustien, semble ne plus réellement s’appartenir, et parvenant à s’assurer la complicité du colonel Taurok, responsable des opérations militaires à la surface de Gemma, il poursuit des desseins favorables au plein essor de Ioun-ké-da. A l’inverse, Ambre Pasquier a vu sa synthèse avec l’Entité brutalement interrompue par l’intervention du Dieu sombre, unique représentant de l’antique race des Bâtisseurs à être présent sur Gemma. Sa fuite à ses côtés, hors des profondeurs du glacier, va donc être l’occasion d’une tentative de compréhension mutuelle, d’échanges qui ne passent pas par des mots… Cette collaboration, promesse d’un possible enrayement de la menace de l’Entité, va toutefois être remise en cause par les retrouvailles avec les enfants de Gemma, et particulièrement Hazel et Miguel, leur chef, qui ne trouvent rien de mieux à faire que de rendre inconscient l’extra-terrestre. La course contre la montre s’intensifie alors, car Ioun-ké-da a libéré à la surface de la planète un geyser de fluide, véritable creuset de matière, générateur possible de nouveaux univers aux règles foncièrement différentes du nôtre…

Comparativement à Ambre et Hazel, la jeune Kya, qui avait pourtant été la première à faire la connaissance du Dieu sombre dans Vestiges, apparaît plus en retrait, ses interrogations sentimentales pouvant même sembler bien immatures dans ce contexte dramatique. Une chose est sûre, le lecteur se laisse rapidement happer par le rythme soutenu de l’intrigue, et les passages hard-science, plus restreints, n’en ressortent qu’avec davantage de fluidité (la physique quantique, qui est au centre de la nature de l’Entité, n’est franchement pas la branche la plus simple de la physique !). Les descriptions qui sont faites de l’Entité, justement, de sa nature indicible, ne sont pas sans évoquer le panthéon lovecraftien... Quant aux flash-backs présents, ils sont cette fois exclusivement centrés sur le personnage d’Ambre, son enfance dans une Mumbai tentaculaire devenue ville-monde, les conflits liés à la radicalisation des fanatismes religieux, et permettent de développer ce qui fait assurément la grande originalité de QuanTika, les liens entre vie extra-terrestre et mythologie hindoue, avec une prédilection particulière pour la figure dialectique de Shiva.

On sent que Laurence Suhner est nourrie, à l’instar d’un Ian MacDonald, de la culture indienne, tant le vocabulaire, la nourriture et la musique s’en ressentent. L’approfondissement des enjeux débouche sur une problématique très contemporaine, reflet du doute sur la science et du retour du religieux, voire d’un certain post-colonialisme, puisqu’à travers la figure de Tokalinan, nous sommes confrontés à un autre regard sur la science, voire à une appréhension des phénomènes et même de la technologie via le prisme des mythes…

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