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Le Grand amant

samedi 20 décembre 2014, par Maestro

Dan SIMMONS (1948-)

Etats-Unis, 1993, The Great Lover

ActuSF, coll. "Hélios", 2014, 192 p.

ISBN : 978-2-917689-79

Souhaitons à la collection Hélios, issue du partenariat entre trois maisons d’édition, Mnémos, les Moutons électriques et ActuSF, de connaître une longue vie, car les titres qu’elle propose sont à la fois souvent méconnus et intrigants. Le Grand amant est une novella de l’auteur d’Hypérion et de L’Echiquier du mal, précédemment publiée dans un recueil au milieu des années 1990 (L’Amour, la mort, chez Albin Michel puis au Livre de poche), mais passé semble-t-il plutôt inaperçue. Il s’agit d’un texte appartenant à la veine la plus fantastique de Dan Simmons, mais dans lequel on retrouve également sa solide érudition littéraire, qui lui permet de jouer avec des personnages réels, à l’image du récent Drood. L’action se déroule en pleine Première Guerre mondiale, en 1916, lors de la bataille de la Somme. Le narrateur, dont on a miraculeusement retrouvé un carnet inédit à la fin des années 1980, est un poète nommé James Edwin Rooke, devenu lieutenant lorsqu’il a répondu à l’appel des armes. Etrangement, alors qu’il côtoie la mort à plusieurs reprises durant ces semaines éprouvantes, il reçoit la visite d’une mystérieuse femme, aux atours bien réels, qui l’extrait de l’enfer des tranchées pour lui proposer repos et plus dans un havre de paix… Mais l’enfer et le paradis sont-ils si éloignés ?

Une première chose saute à la gorge du lecteur : le réalisme et la crudité des descriptions de la guerre et de ses cauchemars, vie dans les tranchées hantées au sens propre par les morts, maelström des combats et des percées, supplice des blessés condamnés à plus ou moins brève échéance, corps en décomposition dévorés de l’intérieur… Non, décidément, le réalisme fantastique le plus authentique, c’est bien celui-là (« Tout disparaît ici, jusqu’à notre souvenir. », p.88). Et il est dans ce cadre difficile d’accuser Dan Simmons d’en faire trop. L’autre versant du récit, c’est donc l’aspect référentiel. James Edwin Rooke est en effet un personnage composite, collage de plusieurs poètes contemporains, à commencer par Rupert Brooke (l’auteur du poème éponyme, mais bien d’autres sont utilisés dans le corps du texte), et l’apparition féminine n’est pas sans évoquer ces visions d’anges, comme à Mons en août 1914. Quant à sa signification réelle, si la dimension spirituelle peut être privilégiée au vu du destin ultérieur de Rooke -il devient moine catholique-, on peut aussi y voir la métaphore du rêve de fuite hors de l’enfer de la guerre de positions, ou la matérialisation de la muse artistique, dont les poètes seraient les interprètes privilégiés…

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