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WILLOW

samedi 21 février 2015, par von Bek

Ron HOWARD (1954-)

Etats-Unis, 1988

Warwick Davis, Val Kilmer, Joanne Whalley, Jean Marsh, Patricia Hayes, Gavan O’Herlihy

Un bébé au destin prophétique à sauver, une reine sorcière au nom salivaire (Bavmorda, rien que ça !), un héros qui aspire à devenir magicien, un épéiste gonflé de fatuité mais terriblement adroit il est vrai, une magicienne, une guerrière partagée entre le bien et le mal. En terme de fantasy, Willow n’a à priori rien de bien original. Deux traits cependant le sortent du lot avant qu’il ne s’y noie.

Tout d’abord le film date de 1988 et ceux qui connaissent cette époque savent que si le cinéma fonde volontiers alors son divertissement sur la SF ou le fantastique qui deviennent des genres de référence à la suite des Joe Dante, Steven Spielberg ou Ron Howard (Cocoon, 1985) justement, la fantasy y fait aussi ses premières armes après quelques timides expériences au cours des décennies précédentes [1]. Comparativement aux autres genres précédemment cités, la fantasy y est donc rare et encore souvent inspirée par la mythologie grecque comme le prouve Le Choc des titans. Elle est rencontre quelques succès, parfois francs à l’instar du Conan de Milius, parfois esthétiques avec Legend de Ridley Scott, elle va surtout donner matière à moult productions de moindre qualité dont celles initiés par le groupe Cannon (Les Maîtres de l’univers, Gor, Les Barbarians...). Avec de notables efforts dans le domaine des effets spéciaux - Willow abonde en transformations en tout genre et comprend même une hydre bicéphale de taille correcte et un peuple de lilliputiens- le film constitue un effort aussi notable que louable de réinvestissement des avancées techniques et se pose en précurseur de l’utilisation du numérique, même si les progrès sont encore à faire alors, l’hydre de Willow ne soufrant par la comparaison avec les dinosaures de Jurassic Park sorti cinq ans après [2]. Cependant le film de Howard a ouvert la voie.

Il faut dire que les effets spéciaux sont dus à ILM, la société de George Lucas lequel est non seulement le producteur du film d’Howard - les deux hommes sont liés depuis American Graffiti (1973) - mais aussi le créateur de l’histoire et donc le père de Willow. Si l’histoire est peu originale - mais il est vrai que l’opinion peut être tronquée par presque deux décennies de fantasy intensive, le personnage central l’est un tant soit peu puisque Willow est un nain, même si la production très politiquement correcte s’est refusée à utiliser le terme et imagine le peuple des Nelwyn par opposition aux Daïkinis c’est-à-dire les humains. Bien que personnage récurrent du genre, le nain en est rarement le héros principal, ce n’est pas Gimli qui dira le contraire [3].

Malheureusement, George Lucas n’a pas été aussi imaginatif que pour Indiana Jones ou peut-être que Ron Howard n’a pas la créativité d’un Steven Spielberg pour suppléer aux manques du père nourricier. Le film repompe quelques références culturelles bien connues comme le massacre des innocents - la sorcière Bavmorda cherche à mettre la main sur l’enfant de la prophétie et emprisonne toutes les femmes enceintes -, Moïse sauvé des eaux - le bébé est abandonné au courant pour échapper aux monstres de la sorcière - et la transformation des hommes en porcs, les droits d’Homère étant échus.

Surtout, le scénario fait des coupes sombres dans la propre logique de son histoire : Bavmorda est présentée comme une conquérante mais l’armée d’Airk parvient comme une fleur à mettre le siège de la forteresse, alors qu’elle s’est déjà fait tailler en pièce une première fois par les troupes de la sorcière ; la fille de celle-ci, Sorsha, la trahit sans trop se poser de questions, même après un coup de foudre ; les aventuriers passent des jours à marcher pour gagner un royaume voisin mais font le trajet inverse en quelques heures de chevauchée... Plutôt que de simplifier ou de retravailler la logique de l’histoire, il a été préféré de la négliger.


[1cf. La Couronne de fer par exemple.

[2Mais cinq ans c’est énorme alors dans le cinéma...

[3Non les Hobbits ne sont pas des nains !

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