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Horreurs tropicales et autres récits sur l’océan

samedi 28 mars 2015, par Maestro

Christian GRENIER (sdd)

France, 1983

Gallimard, coll. "Folio Junior Science-fiction", 160 p.

L’Horreur tropicale… se situe dans le prolongement de La Montagne sans nom…, en cela que ce nouveau recueil explore une composante majeure de l’écosystème terrestre, et qu’il le fait souvent sous l’angle de la domination inconsidérée de l’humain sur l’élément aquatique. Six nouvelles sont au sommaire, couvrant un large spectre chronologique, de 1905 à 1975, et honorant quatre auteurs anglo-saxons, un français et un soviétique (c’était déjà le cas de Le Brouillard du 26 octobre… avec Ivan Efremov). Les traitements s’avèrent également relativement variés.

William Hope Hodgson, immortel auteur de La Maison au bord du monde et du Pays de la nuit, signe avec « L’horreur tropicale  » (1905, également au sommaire du recueil L’Horreur tropicale et autres nouvelles, réédité par Terre de Brume en 2011) un récit étonnant, car l’horreur dont il est question est exposée dans toute sa crudité, sans jouer sur sa dissimulation et sa progressive révélation, comme chez Lovecraft. Du coup, elle revêt plus directement l’allure d’une métaphore des périls de la navigation en haute mer, conservant tout de même une part d’angoisse grâce à une narration à la première personne, qui immerge le lecteur dans cette épreuve angoissante. « Aquella », de Donald A. Wollheim, publiée en 1942, est une nouvelle à chute, évoquant une planète recouverte par les eaux et dont les habitants véhiculent en eux une persistante mélancolie… La métamorphose qu’on a imposée à leur monde peut être comprise comme une critique d’une nature humaine condamnée à la violence et à la guerre, incapable de se transcender par ses propres forces. On peut en rapprocher « Les aquatiques » de Jean-Pierre Andrevon, repris de Repères dans l’infini, un texte marqué par son époque, à la fois sur le plan formel -Andrevon y prend des libertés avec la mise en page- et sur le fond, une histoire de guerre entre humains et créatures aquatiques sur la planète de ces dernières, transposition probable de la guerre du Vietnam, les autochtones, pourtant en apparence moins modernes, parvenant à l’emporter malgré tout.

Beau texte également, « Océanique » (1963) de Gordon R. Dickson se penche sur la divergence que connaît l’humanité dans un proche avenir, entre la branche majoritaire, celle des continentaux, et sa dissidence aquatique, nouvelle forme de l’évolution. L’incompréhension et les divergences croissantes entre elles deux débouche finalement sur une guerre, perçue à travers le personnage de Johnny, une approche psychologique et plus intimiste qui fait beaucoup dans la qualité du récit. Quant au « Sel de la terre », de Jim G. Ballard (1963, reprise dans l’indispensable tome 2 de ses Nouvelles complètes), c’est tout simplement le chef d’œuvre du recueil. Quelle superbe vision, en effet, que celle de cet individu, visiblement insatisfait de sa vie présente, se levant la nuit afin de contempler la progression d’une mer qu’il est le seul à voir… Il y a une indéniable poésie dans la prose de Ballard, et une dimension fantastique dans ce syncrétisme du passé et du présent, à l’image du fonctionnement de notre propre mémoire.

Plus décevante s’avère être la nouvelle de Youri Safronov, découverte dans l’anthologie Les Meilleures histoires de science-fiction soviétique (1963, rééditée en 1973). « Rien d’extraordinaire » porte d’ailleurs bien son nom, puisque cette apparente rencontre du troisième type, entre des nageurs soviétiques dans la Mer Noire et un astronef joliment baptisé « rakétoplane » (rakéta signifie fusée en russe) débouche sur la révélation que ce dernier est en réalité un prototype purement humain. Ou comment exalter la vigueur de la technologie astronautique soviétique, capable ici de se rendre jusque sur Vénus…

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