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Le réchauffement climatique et après...

samedi 4 avril 2015, par Maestro

Yann QUERO (sdd)

France, 2014

Arkuiris, 224 p.

Voilà une anthologie très axée sur l’écologie, la seconde coordonnée par Yann Quéro qui avait déjà publié un roman d’anticipation sur le même sujet en 2005 (Le Procès de l’homme blanc) et l’anthologie Les Maladies du futur, sur un autre thème d’anticipation proche, tellement proche… Quatorze nouvelles inédites sont au menu, la plupart d’auteurs peu connus et/ou en devenir, précédées d’une préface de Jean-Pierre Fontana.

Une des rares exceptions est celle de Fabien Clavel, auteur du très bon Furor. Son texte, « Regarde les éoliennes », un des meilleurs de l’ouvrage, respire une indéniable beauté, le cadre d’une Hongrie du futur (opposée à celle, historique, de son livre Le Châtiment des flèches) lui permettant d’opposer des autochtones revenus à un mode de vie proche des cow-boys d’antan, exploitant les restes de technologie propre, et les habitants des villes nomades, qui s’accrochent égoïstement à un passé indépassable. Axé sur l’atmosphère, « 2073, l’année de la pluie » de Pierre-Antoine Brossaud brosse le portrait d’un privilégié, résidant dans une Bretagne indépendante devenue un véritable refuge, bénéficiaire qu’elle est encore des précipitations ; ce texte demeure toutefois limitée car trop bref. Sur un mode plus ironique, « Baignés par la lumière éblouissante des lumières qui scintillent » de Jean-Marc Sire, met en scène deux vieux agriculteurs positivant sur le réchauffement climatique et autres manipulations de Monsanto, mais ce texte souffre d’un didactisme par trop pesant.

C’est d’ailleurs là un des principaux défauts du recueil, que l’on retrouve dans plusieurs autres récits. « Il est temps mon ange » de Djane Grivault est ainsi bien trop descriptif, construit tout entier sur le principe dialogue entre une grand-mère et son petit-fils, et qui, à partir de la montée des eaux et du bouleversement du cadre de vie des Polynésiens, aboutit à un éloge, tout à fait dans l’air du temps d’une certaine écologie et de l’altermondialisme, de ces populations à la philosophie de vie censément plus équilibrée et respectueuse de la nature. « La dernière reine » de Sophie Fedy partage avec la précédente nouvelle un optimisme affirmée, que d’aucun trouveront sans doute un brin naïf, la disparition des abeilles et la nécessité de poloniser manuellement les plantes étant enrayée par l’émergence d’une espèce plus résistante : finalement, la nature semble capable de s’adapter aux changements sans que l’homme n’ait à en souffrir durablement…

« La guerre des arbres », de Cyril Amouette, qui se veut hommage à La Guerre des mouches de Jacques Spitz, rate en partie son objectif, la faute à un manque de crédibilité et à un scénario par trop linéaire : on a du mal à adhérer pleinement à cette hypothèse de végétaux devenant aussi rapidement et aisément les nouveaux maîtres du monde. Dans ce genre de métamorphose de l’espèce humaine, d’un passage vers une nouvelle branche (sic), « L’avènement des Dryades » d’Anthony Boulanger est un peu plus convaincant, même si son idée d’une peuplade mêlant organisme humain et écologie végétale vaut surtout par sa portée symbolique, non par sa crédibilité scientifique. Laurent Pendarias et son « Klimat Yuga » privilégie l’Inde, une Inde qui s’est cloîtrée dans son système de castes, au point de faire des privilégiés de nouvelles divinités génétiquement modifiées, suscitant un désir de révolte rampant ; mais il y a dans ce texte une dimension un peu pesante, un peu trop démonstrative, voire caricaturale, qui gêne l’empathie du lecteur.

On apprécie davantage la prose de Sylvain Lamur qui, avec « Ernest », livre un texte ancré de plein pied dans une science-fiction inventive. La Terre qu’il décrit est bien bouleversée par les changements climatiques, les privilégiés ayant trouvé refuge dans des villes aériennes, mais surtout, elle est traversée par un phénomène météorologique inédit, un ouragan permanent et électro-magnétique baptisé Ernest. Et lorsque Gil, un habitant de ces métropole volantes, se retrouve orphelin de sa jeune compagne, il découvre avec étonnement les pouvoirs temporels d’Ernest… Un texte riche, dont toutes les potentialités ne sont d’ailleurs pas exploitées, mais qui fait plaisir à lire. L’anthologiste lui-même livre avec « Neige tropicale » un texte collant de près aux scénarios du réchauffement, avec dégagement des gaz du permafrost sibérien, avenir vénusien de la Terre et création de dômes de survie réservés aux élites ; comparativement, son intrigue tournant autour d’un haut-fonctionnaire et d’une espionne chinoise peine à convaincre, sa fin poétique demeurant quelque peu absconse. Plus touchant, « Mon cœur pleure Léda », signé Bernard Henninger (auteur du roman remarqué de science-fiction Impulsion), nous plonge dans un avenir où le réchauffement climatique a cédé la place à un refroidissement généralisé de la planète, où le Sahara est devenu jardin et les Etats mosaïques de principautés, en une redite du Moyen-Âge sur son versant le plus sombre. Si le fin mot de l’histoire réside dans une hypothèse science-fictive aussi improbable que démesurée, elle est charpentée autour d’une histoire d’amour non conventionnelle, une des spécialités de l’auteur, semble-t-il…

Les textes les plus sombres sont plutôt concentrés en fin d’ouvrage. Stéphane Dovert avec « La flamme déclinante du Shratonprincess » livre ainsi l’évocation de l’une des dernières tribus humaines, en un futur où la lutte contre le réchauffement a provoqué, dans des proportions plus graves que pour « Mon cœur pleure Léda », un refroidissement généralisé de la planète. La survie prime tout, y compris la maîtrise du langage articulé, et ces pauvres hères, ayant oublié non seulement la parole, mais également la sexualité, ne font que tomber de Charybde en Scylla. Ténue est ici l’étincelle de l’espoir, pour ne pas dire mouchée. « L’homme de sable », d’Arnauld Pontier (coordinateur de Dimension Système solaire), est plus énigmatique et poétique, en particulier sur son final, avec cette transfiguration de la planète incarnée par la mutation du sable, d’abord en nouvelle végétation luxuriante, puis en vecteur de la disparition de l’humanité. On peut en rapprocher l’ultime nouvelle, chargé d’une force optimiste autrement plus sensible. « De terre et de sang », de Sébastien Parisot, n’est pas sans évoquer Le Petit prince, avec ses personnages allégoriques, un texte aussi simple en apparence que touchant. Une grande diversité au menu, donc, et en dépit de textes plus faibles, quelques belles réussites méritant le détour.

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