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Royaume de vent et de colères

samedi 6 juin 2015, par von Bek

Jean-Laurent DEL SOCORRO

France, 2015

ActuSF, 288 p.

C’est idiot, mais l’excellente trilogie des Lames du cardinal n’a pas suffi à dissiper ma méfiance envers la fantasy historique. Quand ces récits s’aventurent dans ma période de prédilection, comme c’est le cas du livre de Jean-Laurent Del Socorro, mes craintes augmentent et plus encore quand j’ai lu la préface dithyrambique d’Ugo Bellagamba dont je me méfie depuis Tancrède. Pourtant, il faut que je le lise ce livre...

Alors que toute la France finit par reconnaître Henri IV comme roi légitime, la cité phocéenne se refuse toujours à lui à l’instigation de son consul Charles de Casaulx qui aspire à transformer Marseille en république dont il serait le premier magistrat avec ou sans l’aide de la Ligue représentée par la duchesse de Sault et des puissances catholiques, Savoie ou Espagne, pour résister à l’armée royale qui est aux portes de la ville. L’épisode est méconnu sauf des autochtones et je leur fais peut-être la part belle. Dans la ville, quatre personnages et un Turc moins présent vont assister voir participer à la journée du 17 février 1596 qui vit le rêve de Charles de Casaulx lui échapper avec sa vie. Tour à tour, Del Socorro endosse leurs pensées et leurs paroles, leurs actes et leurs sentiments.

Victoire, vieille femme qui n’en a pas la faiblesse puisqu’elle dirige la guilde des assassins et voleurs de la cité, a une mission à accomplir et sait que ce sera sans doute la dernière. Elle passe sa dernière nuit dans l’auberge d’Axelle et Gilles, deux anciens mercenaires qui ont quitté leur compagnie pour exercer un métier moins dangereux, mais Axelle n’a pas perdu toute la rage qui la hante et prend des leçons d’escrime auprès d’un de ses hôtes : Gabriel, chevalier de Saint-Germain. Ledit chevalier est un ancien noble huguenot qui a échappé à la Saint-Barthélémy (24 août 1572) mais y a perdu femme et enfants. Après vingt ans de guerre, il participe à la défense de la ville et attend la mort. C’est à celle-ci que veulent échapper Armand et Roland, deux chevaliers hospitaliers que l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem a formé à l’artbon, une magie qui peut aussi bien guérir que tuer mais qui dévore son utilisateur.

Fort naturellement, le lecteur ne peut que se demander comment ces personnages sont arrivés là et l’auteur occupe en fait une bonne partie (plus de 110 pages sur 210) de son récit à le lui expliquer à l’aide de chapitres très courts (quelques pages) limite stroboscopiques, qui, s’ils donnent du rythme ou du moins une impression de rythme, confèrent aussi une sensation de superficialité. Pourtant elle n’est pas tant due à une certaine légèreté de l’auteur qu’à son humilité. Royaume de vent et de colères étant son premier roman, il confie à ActuSf en fin de volume qu’il a voulu garder la maîtrise de son récit. Intention louable mais qui manque d’ambition par manque de confiance peut-être, car au final cette créativité aboutit sur pas grand chose. Tout ça pour ça ai-je envie de dire. L’Histoire n’est pas bouleversée - ce n’est pas plus mal cependant -, mais l’histoire n’est pas bouleversante et la création de l’artbon, touche de fantasy dans ce monde de guerre de religion, apparaît bizarrement sous-employé.

M. Del Socorro a un certain talent de plume qui promet s’il renonce à des chapitres croupions et il s’est donné la peine de se documenter sur l’art de la guerre de l’époque, mais il n’a sans doute pas fallu pousser longtemps ce passionné de jeu de rôle. Je n’ai pas eu la syncope que je craignais avoir en voyant surgir au tournant d’une page une énormité historique qui n’aurait pu passer pour de l’uchronie - genre auquel ce roman ne prétend nullement se rattacher. Elle n’est quand même pas passée loin quand le passé de Gabriel est évoqué : si un huguenot converti au lendemain de la Saint-Barthélémy et se battant pour la Ligue catholique le restant de sa vie peut tout à fait exister et a existé (j’ai au moins un nom !), jamais au grand jamais sa conversion ne se serait accompagnée d’une dépossession de son titre ducal et surtout pas d’un baptême, d’autant qu’un père de deux adolescents en 1572 a plus que certainement été baptisé dans la foi catholique, le calvinisme en étant à ses balbutiement à sa naissance.

Je pinaille bien évidemment. Au final c’est bel et bien la modestie - mais est-ce vraiment un défaut ?- de Royaume de vent et de colères qui me fait tempérer l’enthousiasme bellagambien. M. Del Socorro n’en reste pas moins prometteur.

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