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Wild Cards

samedi 23 mai 2015, par admin, von Bek

George R. R. MARTIN (1948-), dir.

Etats-Unis, 1986-2011

J’ai Lu, coll. "Millénaires", 2014, 699 p.

Le Trône de fer aidant, les éditions françaises de George Martin œuvrent à publier ce qui ne l’était pas encore. Bénéficiant d’une réédition en V.O. augmentée d’une nouvelle, d’appendices et d’une postface, il n’est pas étonnant qu’une édition française de Wild Cards finisse par apparaître en dépit de la relative ancienneté de l’original. La postface, ajoutée en 2011, expliquera au lecteur la genèse d’une série qui compte aujourd’hui quelques 17 volumes. A l’heure où j’écris, peu après avoir lu ce premier tome, les éditions J’ai lu viennent de publier le deuxième tome.

Wild Cards a la double particularité d’être une anthologie et d’aborder un thème peu fréquent dans l’édition française de science-fiction des années 80, celui des pouvoirs surhumains et des mutants, bien que Les Plus qu’humains de Sturgeon, l’existence d’un tome de La Grande anthologie de la science-fiction prouvent que ledit thème n’est pas complètement délaissé. Il est actuellement très à la mode,surfant sur la mode super-héros portée par le cinéma, et fait l’objet de publications récentes notamment chez Rivière blanche [1].

La présente édition compte une douzaine de nouvelles, dont trois sont dues à des auteurs bien connus du lectorat hexagonal, qui ouvrent le bal. A en croire la postface, Howard Waldrop a semble-t-il pas mal perturbé et influencé le projet initial avec sa contribution « Trente minutes sur Broadway ! », histoire d’un as de la Seconde guerre mondiale qui déjoue en 1947 une tentative d’extorsion de fonds par un bandit qui menace de répandre sur New York un virus extra-terrestre recherché en vain par les autorités. Le prologue de George Martin explique les origines du virus et du docteur Tachyon, un extra-terrestre qui a tenté d’empêcher ses compatriote de procéder sur les Terriens à une expérimentation. Las, le héros de guerre, Jetboy, échoue et le virus tombe sur la ville, tuant 90% des personnes mises en contact et provoquant une mutation chez les 10% restant. La mutation entraîne l’apparition de facultés plus ou moins utiles mais toutes anormales et souvent des difformités monstrueuses chez les malheureux qui n’ont pas eu de chance et deviennent des Jokers, car ils ont tiré la mauvaise carte, tandis que d’autres n’ont subi aucune difformité mais héritent de pouvoirs parfois très puissants qui font d’eux des as. Il faut ici prendre une seconde pour faire remarquer que contrairement à ce qu’annonce le quatrième de couverture, il n’est en rien question d’un univers post-apocalyptique, la majeure partie de l’humanité n’étant pas contaminée.

Alors que ce n’était pas initialement prévu, les auteurs se retrouvent donc à composer des nouvelles qui réécrivent l’histoire depuis 1947 jusqu’aux années 80. Et c’est donc l’Histoire avec un grand H qui guide les histoires de ce recueil, ponctuellement entrecoupées d’interludes de la main de George Martin qui sont autant de pseudo-archives de l’époque. Le lecteur y retrouvera les principaux phénomènes qui marquèrent l’histoire des Etats-Unis.

Le maccarthysme occupe les compositions de Walter Jon Williams et de Mélanie Snodgrass qui se complètent car elles mettent en scène une équipe d’As au service des Etats-Unis dans leur lutte contre le communisme mondial qui paradoxalement en vient à souffrir de la chasse aux sorcières communistes. Dans « Le Témoin », W. J. Williams écrit du point de vue d’un As doté d’une force surhumaine qui doit témoigner devant le Comité des activités anti-américaines (HUAC) tandis que M. Snodgrass raconte dans « Rites de dégradation » l’histoire d’une As télépathe qui refuse de collaborer avec la HUAC. Seule nouvelle qui s’inscrive complétement dans la Guerre froide, « Powers » de David D. Lévine voit un as, fonctionnaire de la CIA, user de son pouvoir qu’il gardait caché pour porter secours à Gary Powers, le pilote de l’U2 qui s’était écrasé en URSS en 1960.

La discrimination constitue une thématique récurrente du recueil. A l’image des comics Marvel des années 80, les mutants constituent une métaphore des Afro-américains et endurent au même titre qu’eux une discrimination. Le quartier de Manhattan qu’occupent les Jokers devient un véritable ghetto où ils endurent en plus au mieux le désintérêt de la police, au pire sa corruption policière. « La sombre nuit de Fortunato » met en scène un proxénète qui se découvre un pouvoir qu’il use pour résoudre les meurtres dont sont victimes des prostituées. A l’instar de la communauté noire, les Jokers aspirent à la reconnaissance de leurs droits civiques. Cette lutte est au cœur de « Ficelles » de Stephen Leigh, tandis que « Transfigurations » de Victor Milan illustre le mouvement de la contre-culture au travers d’un étudiant chez qui la drogue révèle ses pouvoirs et se retrouve embarqué dans la contestation contre la guerre du Vietnam. Dans « La Venue du chasseur » John J. Miller décrit un vétéran du Vietnam qui se transforme en justicier et condamne les choix politiques américains de soutien à des despotes fantoches en Asie.

Trois nouvelles échappent un peu plus au cadre chronologique et sont davantage centrées sur la thématique des super-héros. Si je juge que « Le Dormeur » est la plus importante d’entre elle, ce n’est pas tant parce qu’elle est l’œuvre de Roger Zelazny, ni par sa qualité - j’ai trouvé la fin décevante -, mais parce que son héros, un mutant qui change de pouvoir entre deux périodes de sommeil, constitue un fil rouge que l’on retrouve de nouvelles en nouvelles. C’est d’ailleurs dans le cas de « La fille fantôme à Manhattan », histoire d’une jeune fille bien sous tous rapports qui cherche à mener une vie normale mais se laisse entraîner dans une virée par une amie. Elle y apprend à apprécier son pouvoir. Enfin « Partir à point » de George R. R. Martin raconte l’histoire d’un As qui utilise son pouvoir au service de la justice. C’est peut-être très traditionnel pour des histoires de pouvoirs par rapport au comics, mais ça ne l’est pas tant par rapport aux autres nouvelles.

Si j’ai trouvé que l’ensemble du recueil brillait par sa capacité à jouer de l’histoire sociale des Etats-Unis des années 50 aux années 70 et se montrait très critique envers leur pays, j’ai aussi trouvé que les nouvelles manquaient de chutes.

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