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Les Autos sauvages et autres récits automobiles

samedi 23 mai 2015, par Maestro

Christian GRENIER (1945-), dir.

France, 1985

Gallimard, coll. "Folio Junior science fiction", 144 p.

Les Autos sauvages… est le douzième et dernier recueil de la collection d’anthologies thématiques dirigée par Christian Grenier. Comparativement aux précédents volumes, d’ailleurs, on note la disparition du cahier documentaire final et de toute notice biographique des auteurs sélectionnés, un point particulièrement regrettable. De cette thématique routière, dans laquelle on peut sans doute voir l’influence décalée du roman de Stephen King et du film de John Carpenter, Christine, pas moins de onze nouvelles ont été sélectionnées.

« L’examen », de Theodore L. Thomas (1962), est une des plus frappantes, et bien que datant de 1962, elle véhicule (sic) un message toujours d’actualité : cette description d’un accident, extrêmement réaliste, épreuve nécessaire afin d’acquérir le permis de conduire, est un avertissement coup de poing quant aux dangers de la conduite, que renforce encore une fin très policière. « La loi loto », écrite pour l’occasion par Philippe Cousin, peine par contre à convaincre, tant le risque est grand, pour ces conducteurs du proche avenir, de mourir par tirage au sort pour le simple plaisir de conduire, en une époque où la crise énergétique s’est généralisée. « Le pilote » d’Ib Melchior (1956), qui a connu une adaptation au cinéma avec La Course à la mort de l’an 2000 en 1975 (et La Course à la mort en 2008), heurte le même type d’écueil, avec ses pilotes de rallye encouragés à tuer les piétons rencontrés, pour le simple divertissement des survivants, même s’il y a là comme une anticipation partielle de la logique des télé-réalités. « Les pieds et les roues », de Fritz Leiber (1963, également au sommaire de Histoires de demain), sur une problématique proche, se révèle plus subtil, son opposition entre piétons et conducteurs étant le prototype même du conflit interne mortifère et suicidaire.

Il y a également toutes ces histoires reprenant le sujet classique de la relation entre l’homme et la machine, le robot et l’humain, de l’amour à la haine. « Juliette », de Claude F. Cheinisse (1959) est une des plus belles. La relation entre un conducteur et sa voiture, pourvue d’un cerveau artificiel et de la parole, de prime abord improbable, parvient, par le biais d’une prose sensible, à nous convaincre. Sa suite complémentaire, « Mark », écrite par la compagne de Claude Cheinisse, Christine Renard, s’avère finalement moins convaincante, car trop calqué sur le premier texte, en une réplique de l’autre côté du genre manquant de surprise. On peut en rapprocher « Suicide au parc », de Dino Buzzati (extrait du célébrissime Le K), histoire d’amour qui se déplace sous le capot d’une voiture, qui perd toutefois de sa force par son parti pris transformiste relevant davantage du merveilleux que du fantastique. « Les autos sauvages », de Roger Zelazny (1965, qui figure aussi dans Histoires de machines), permet de découvrir le créateur du cycle d’Ambre sous un jour plus traditionnel, celui de la révolte de voitures contre les humains, texte écrit sous l’influence probable et conjointe du mouvement noir aux Etats-Unis et du Moby Dick d’Herman Melville. « Maxima la kickaha », enfin, n’est franchement pas le meilleur texte de Michel Jeury, tant ce récit, que l’on sent spécifiquement écrit pour la jeunesse, et qui gravite autour du thème de l’immortalité, ne parvient pas à réellement intéresser le lecteur.

«  Moutons de Panurge », de Richard Matheson (1958), très court, est aussi excessivement allusif, voire abscons, par son évocation d’un suicide collectif de l’humanité laissant derrière elle un cimetière d’épaves. Quant à l’humour, il est représenté par « Les mangeurs de voitures » de Robert F. Young (1963), nouvelle qui, disons-le, manque cruellement d’originalité, avec cette histoire d’extra-terrestres enfantins se nourrissant de métal, surtout si ce dernier est aussi bien agencé que celui d’une voiture… Un recueil inégal, qui ne s’impose pas parmi les plus marquants de cette trop courte série.

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