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Ce Monde est nôtre

samedi 23 avril 2016, par Maestro

Francis CARSAC (1919-1981)

France, 1962

Francis Carsac, qui à la ville était, sous son vrai nom de François Borde, un préhistorien reconnu, devenait en coulisses, à la manière d’un Stefan Wul, un de ces auteurs qui fit la richesse de la science-fiction française des années 1950 et 1960. Ce Monde est nôtre s’inscrit dans la liste de ses ouvrages devenus des classiques, avec Pour patrie, l’espace ou Les Robinsons du cosmos. Il s’agit d’un space opéra dans la grande tradition du genre anglo-saxon, à l’arrière-plan démesuré, mais au premier plan plus mesuré. Le cadre, c’est celui d’une fédération de cinquante mille mondes et de presque autant d’espèces extra-terrestres, la Ligue des Terres humaines (humanoïdes, en fait), une association très libérale et fédérale dans son fonctionnement (chaque monde s’autogère, la seule condition étant de ne faire la guerre à aucune autre planète de la Ligue), coordonne ses forces afin de l’emporter dans une guerre galactique contre une espèce qui éteint les étoiles, les redoutables Misliks.

Akki et Hassli sont deux coordinateurs, c’est-à-dire des agents chargés de juger, sur des planètes où plusieurs humanités s’affrontent, à qui le monde revient. La Loi d’Acier promulguée par la Ligue impose en effet qu’une planète n’abrite qu’une unique humanité. Hors, sur Nerat, pas moins de trois humanités sont en conflit, chacune d’entre-elles étant découverte par les deux coordinateurs au fil des trois parties successives du roman, l’intrigue connaissant un crescendo constant : les Bérandiriens, descendants des équipages d’arches spatiales ayant fait naufrage, et qui ont adopté un mode de vie féodal inspiré du Ivanhoé de Walter Scott ; les Vasks, adeptes d’un mode de vie rural et traditionnel ; les Brinns, enfin, autochtones de la planète, n’ayant guère dépassé l’âge de pierre.

Il n’est évidemment pas difficile de voir, dans ce monde en conflit, l’ombre portée de la guerre d’Algérie, Bérandiniens / pieds-noirs, Vasks / juifs (ou Arabes ?), et Brinns / Arabes (ou Berbères ?). La question de la propriété du sol est en effet une problématique cruciale, et particulièrement difficile à résoudre, qui se veut ici plus générale, loin du seul cas de l’Algérie coloniale. Face à un bellicisme qu’il semble juger consubstantiel à l’humanité, quelles que soient ses formes, Francis Carsac se rallie à une sorte de communautarisme opposé au modèle centralisé de la IVe République française, l’égalité des droits s’accompagnant d’une grande latitude quant au mode de vie de chaque monde (même si à travers la condamnation du voile musulman, l’émancipation des femmes semble préférée). De même, la question du mode de vie idéal est posée, entre traditions et occidentalisation, l’auteur penchant pour un juste équilibre entre modernité nécessaire et mise à distance d’une urbanisation dangereuse (Akki : « Il n’y a pas plus de bon sauvage, en soi, que de bon civilisé. », p. 203).

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