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La Mort en partage

samedi 16 mai 2015, par Maestro

Jean MAZARIN (1934-)

France, 2015

Black Coat Press, coll. "Rivière blanche", 264 p.

Jean Mazarin est un auteur du Fleuve noir qui, pour être moins connu qu’un Pierre Barbet ou un B.R. Bruss, a signé en son temps d’indéniables réussites, à commencer par une uchronie très intéressante, L’Histoire détournée. Ce volume propose un inédit et une réédition d’un auteur désormais hébergé chez Rivière blanche.

L’inédit, Djinns, aurait eu toute sa place dans la défunte collection « Gore » du Fleuve, d’où l’utilisation sur la couverture du pseudonyme que Mazarin utilisa pour elle. Il s’agit d’un récit qui s’articule selon deux temporalités principales. En pleine guerre d’Algérie, d’abord, le lecteur suit les avanies d’un groupe de légionnaires français isolés dans un village dont toute la population a été massacrée par des tueurs inconnus. Si les combattants algériens sont d’abord suspectés, avec l’ombre du massacre de Mélouza survenu quelques mois auparavant, les soupçons se portent très vite sur une origine nettement plus fantastique. L’autre temporalité nous replonge dans le premier siècle de la conquête islamique (avec une petite erreur au passage sur un califat de Bagdad qui n’existait pas encore). Les victoires remportées par le célèbre chef de guerre Oqba Ibn Nafaa, fondateur de Kairouan, en Afrique du nord, l’amènent à se heurter aux croyances ancestrales de ses adversaires berbères. Djinns est d’abord une efficace histoire de guerre et de violence, peut-être un rien complaisant avec les exécutions et les tortures musulmanes, mais au-delà de son châtiment frappant les conquérants du Maghreb, Arabes et Français étant ici renvoyés dos-à-dos, il permet aussi de renouer avec une histoire authentique plus ou moins connue et négligée. Tout au plus peut-on estimer que l’ajout d’un personnage ayant un passé nazi n’était pas nécessaire, en dépit du fait qu’il bénéficie ainsi de davantage d’épaisseur.

Le second roman, L’Hiver en juillet, qui fut également publié sous le titre, nettement moins séduisant, de Le Baigneur, se place un cran au-dessus. On y retrouve certes un même attrait pour l’histoire réellement existante, mais avec un scénario encore plus complexe et des images très fortes. Le principal protagoniste, Julien, est un artisan parisien d’une espèce en voie de disparition, celle qui répare les poupées d’antan. Le jour où une femme vêtue d’un manteau de fourrure vient le voir en plein été afin de faire réparer un vieux baigneur, son destin bascule. Il se retrouve en effet, par un procédé purement fantastique, projeté en pleine Seconde Guerre mondiale, dans un Paris occupé. Julien va dès lors osciller entre passé et présent, s’efforçant de retisser des liens en apparence brisés. Superposant les scènes et les vies, Jean Mazarin nous touche droit au cœur en restituant de l’intérieur le ressenti de la propriétaire du fameux baigneur, une enfant juive enfermée au Vel d’Hiv et attendant de pouvoir se rendre à Pitchipoï, le pays de nulle part, d’un officier SS ou de la mère de la petite Isa ; Julien en apprendra également davantage sur le passé de sa propre famille. Quant à la fin du récit, elle résonne comme en écho à la disparition de Primo Levi, à qui la vie ne pouvait surmonter la mort. L’Hiver en juillet, sous des dehors relativement classiques d’histoire de fantôme, est une belle réussite, touchante et immersive, un conte intemporel qui méritait bien d’être remis dans la lumière blanche…


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