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Dragon rouge

samedi 1er août 2015, par Maestro

DESSIN : Denys (1971-)

SCENARIO : Fred DUVAL (1965-), Jean-Pierre PECAU

Couleurs : Scarlett SMULKOWSKI

Delcourt, coll. "Néopolis", 2015, 56 p.

Avec Dragon rouge, on replonge dans un des thèmes de prédilection du duo Duval / Pécau, les Etats-Unis et leur histoire intérieure. Souvenons-nous de Qui a tué le président ?, d’Apocalypse sur le Texas, très bon, du Gang Kennedy ou encore de L’Etoile blanche et Napoléon Washington. D’ailleurs, l’intérêt de ce nouvel album tient davantage à l’intrigue californienne qu’au contexte géopolitique mondial. Dans cette trame historique, la guerre d’Indochine ne s’est pas conclue par la cuisante défaite de Dien Bien Phu, puisque l’armée française, isolée dans la fameuse cuvette, s’est vu miraculeusement sauvée par une action aérienne des Etats-Unis. Ces derniers ont en effet décidé d’intervenir en personne dans le conflit, n’hésitant pas à larguer plusieurs bombes atomiques, déclenchant du même coup une guerre avec la Chine.

C’est là le principal point faible de Dragon rouge, car de cette Troisième Guerre mondiale, il ne nous est pratiquement rien dit, et on a peine à croire que l’URSS, devant une telle provocation américaine, aurait laissé la Chine seule face à ce redoutable adversaire, d’autant que les relations sino-soviétiques n’étaient pas encore rompues, loin de là. En fait, ce nouvel épisode tire sa principale force de son intrigue façon film noir des années 1950. Le principal protagoniste, Ivory, est un détective privé quelque peu has been, qui décroche subitement une enquête du plus haut niveau. La fille d’un magnat américain d’origine chinoise vient en effet lui demander d’enquêter sur la disparition de son père. Le lecteur suit alors les pérégrinations d’Ivory, aidé par sa petite amie Yvonne, veuve d’un membre des IWW (syndicat de la gauche radicale). Si le sort réservé aux Chinois naturalisés américains est une claire allusion à la situation qui fut réservée aux Japonais durant la Seconde Guerre mondiale, le cœur du propos concerne en fait la collusion, consubstantielle au système politique étatsunien, entre milieux politiques et milieux d’affaire, et plus particulièrement l’emprise du conglomérat militaro-industriel dénoncé par Eisenhower à la fin de son second mandat présidentiel. Le scénario, de ce point de vue, est un peu alambiqué, mais on s’y laisse prendre relativement efficacement.

En dehors de guest stars entrevues comme Bigeard ou Nixon, la principale célébrité visible ici n’est autre que Ronald Reagan, qui parvient à décrocher le ticket de vice-président de Ike à la convention républicaine pour l’élection de 1956. Toutefois, si son évolution réelle n’est finalement anticipée que de quelques années -d’abord démocrate, il devint républicain en 1962-, les raisons de cette accélération de sa destinée politique ne nous sont pas révélées ; tout au plus découvre-t-on que les conduites mafieuses n’étaient pas l’apanage de la famille Kennedy, à travers les méthodes musclées du syndicat Screen Actors Guild (il était alors, déjà, un anticommuniste fervent). Un bilan mitigé, donc, sur le plan de la crédibilité pure, même si l’atmosphère d’une époque est habilement restituée, avec répliques savoureuses à la clef.

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