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Omale, l’intégrale t.1

samedi 19 décembre 2015, par Maestro

Laurent GENEFORT

France, 2001-2002

C’est dans feu la collection Millénaires de chez J’Ai Lu, qui accueillit nombre de nouveaux grands noms de la science-fiction française (citons Serge Lehman, Ayerdhal ou Jean-Claude Dunyach), que parut ce qui allait devenir le tome inaugural d’un cycle phare de cette même SF française, celui d’Omale. Jusque-là, Laurent Genefort s’était révélé particulièrement prolixe, débutant sa carrière au Fleuve noir, une école en la matière, mais n’avait pas véritablement signé de chef d’œuvre (à l’exception peut-être d’Arago). Omale est d’une autre trempe. Il s’agit d’un space opera, ou plus exactement d’un planet opera d’envergure, à ceci près que le cadre, plutôt original, n’est pas celui d’un astre à proprement parler, mais d’une sphère de Dyson. On pense à certains univers anglo-saxons comme ceux de Larry Niven (L’Anneau monde) ou de Jack Vance. Il faut dire que Laurent Genefort a un incontestable talent pour décrire un monde différent, fourmillant ici de détails de la vie quotidienne ou des paysages environnants, autant de gages d’exotisme et d’immersion totale dans l’espace d’Omale et de ses trois Aires. L’intérieur de cette sphère éclairée par un soleil fixe, Helade, est en effet occupé, en sa surface interne, par trois espèces (ou rehs) intelligentes et humanoïdes, les humains, les Chiles, qui se distinguent par une taille supérieure et une accoutumance à la douleur particulière (elle préside à leur procédé de reproduction), et les Hodgqins, les plus mystérieux.

Lorsque l’action d’Omale, premier du nom, débute, nous sommes au XVIe siècle dans le calendrier chile, quelques décennies seulement après la signature du pacte de Loplad, qui a mis fin aux Âges Obscurs de guerres entre les trois espèces. Six personnages, trois humains, deux Chiles et un Hodgqin, se retrouvent séparément à bord d’un dirigeable chile, en route pour une traversée du Lac Pacifique. Chacun s’est retrouvé dépositaire d’un fragment d’œuf d’omale, un oiseau légendaire, avec comme destination celle voulue par leur mystérieux commanditaire. Durant cette traversée, ils vont non seulement s’agréger, à l’issue d’un abordage dantesque, mais surtout apprendre à survivre et à se connaître mutuellement. Pour cela, quoi de mieux que de se lancer dans une partie de fejij, jeu de plateau chile, qui possède dans leur culture une valeur essentielle, presque vitale. Cela permet à Laurent Genefort, s’inspirant ici sans doute d’Hypérion de Dan Simmons, de présenter plus en profondeur ses personnages, puisque chaque candidat éliminé doit raconter aux autres les événements l’ayant conduit là où ils sont tous. Et chacun de découvrir la marginalité des autres, d’Alessander, humain devenu très jeune esclave des Chiles, à Kasul, marqué dans le sang par son père et qui trouve refuge dans l’hédonisme et la provocation, en passant par Hanlorfaïr, désireux de découvrir la véritable nature d’Omale… Finalement, ces aventuriers malgré eux parviendront à rencontrer celui qui se dissimule derrière cette drôle de quête, et en apprendront au passage beaucoup sur leur monde et sur une reh que l’on croyait mythique…

Les éléments distillés au fil de l’intrigue permettent de comprendre qu’Omale fut, un temps visité par des vaisseaux spatiaux, mais que cet univers clos est depuis plusieurs siècles isolé du reste de l’univers. Sans doute est-ce là l’explication d’un niveau technologique qui frise le plus souvent celui de la Renaissance terrienne, avec un zeste de steampunk. En réalité, la clef de l’occupation d’Omale réside dans les Vangks, cette espèce extra-terrestre invisible, sinon disparue, dont les portes permettant le voyage entre étoiles capturèrent toute une série de navires humains, hodgqins et chiles, les enfermant à l’intérieur d’Omale. Cette dernière apparaît donc comme un véritable conservatoire des espèces, dont la Grand’Aire (celle des trois rehs évoquées dans Omale) ne représente qu’une minuscule partie. Si l’imaginaire et les rebondissements sont suffisants pour mener la lecture, Omale n’en contient pas moins quelques messages subliminaux. Il y a d’abord la critique des religions révélées et du fanatisme, celui des panislamistes (le personnage de Sheitane, femme forte mais dont l’émancipation est combattue), mais également des épiscopaliens, décalque des catholiques, qui rejouent ici la tragédie d’un Galilée ou d’un Bruno (le personnage d’Hanlorfaïr). Il y a ensuite la volonté d’expérimenter les difficiles relations entre espèces différentes, une invitation à la compréhension mutuelle, qui est clairement un des fils directeurs de ce premier roman. Les personnages principaux sont à des degrés divers des marginaux, en butte à des formes variées d’incompréhension, et si leur sort respectif devrait les inciter à davantage d’empathie mutuelle, l’entropie finit toujours par l’emporter ; l’utopie d’Aparanta, terre de paix et de mélange des rehs, surplombée par la figure de Case, détenteur d’une vérité unique, ne résiste pas à ce qui semble être le plus fort, la méfiance de l’autre et le conflit, qui ne peut, dans le meilleur des cas, se résoudre que par une forme de cohabitation qui rime avec ségrégation. C’est bien la fin des grands récits que semble évoquer Laurent Genefort, au profit d’un pragmatisme fataliste et résigné. « (…) à quoi bon [s’efforcer de comprendre la nature d’Omale], puisque, tant que nous ne les aurons pas rencontrés [les Vangks], il est illusoire d’espérer répondre à cette question ? » (p. 502).

Les Conquérants d’Omale, paru l’année suivante, prend place dans une temporalité très différente. Nous remontons en effet de sept siècles dans le passé, en pleine époque de guerres entre humains et Chiles, principalement. L’intrigue s’articule dans trois directions a priori distinctes. Dans une zone neutre, où cohabitent les trois rehs, l’échange avec un Aezir venu tout droit des environs d’Helade, qui n’a lieu que tous les quarts de siècle, est vivement attendu par les ambassadeurs des différentes espèces, mais un Hodgqin soupçonne l’existence d’un complot… C’est là le nœud d’une évolution découverte dans Omale, premier du nom. Dans le cadre de la guerre proprement dite, un ensemble de combattants est choisi par un brillant général humain afin de remplir une mission extrêmement délicate : aller récupérer une arme chile gardée à l’écart de la civilisation, et prendre le contrôle d’une locomotive atomique afin de l’alimenter et de marquer un point décisif contre les Chiles. Jeremiah et Solima vont de la sorte vivre un voyage à valeur quasiment initiatique, une façon pour Laurent Genefort de s’interroger sur la guerre, sur les traces profondes qu’elle laisse chez ses acteurs, les excès autoritaires qu’elle génère comme le SPO (service de procréation obligatoire, imposant aux humaines un minimum de 5 enfants par foyer), en une vision syncrétique des conflits (on pense surtout à la Première Guerre mondiale). Le dernier itinéraire que le lecteur suit, c’est celui d’une expédition cartographique, menée par Delabri, avec son frère autiste mais capable d’évaluer avec précision les distances. Les membres de l’expédition se retrouvent en effet soumis à un phénomène sans précédent, sorte de chape de nuages bloquant la lumière d’Helade et menaçant la vie de bien des habitants de l’aire humaine. La rencontre inattendue avec un convoi d’Hodgqins particuliers, adaptés à la vie dans une atmosphère raréfiée, permet à la fois d’en apprendre davantage sur la nature d’Omale, mais également d’insister sur la solidarité possible entre rehs : « Cette source, nous l’avons tous en nous. Peut-être même les Chiles l’ont-ils. » (p. 990). Un roman qui enrichit encore davantage l’univers d’Omale, et approfondit les thématiques qui tiennent au cœur de Genefort, l’espoir d’une compréhension entre peuples différents, tout particulièrement.

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